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Samusocial

Dispositif d’urgence pour personnes sans-abri

La Médihalte, le temps d’une parenthèse, le temps de se rétablir.

28/04/2017

Mercredi matin, 10h.

Le Dr. Santantonio m’accueille dans son cabinet médical de la Médihalte. Je vais la suivre pendant une matinée. Et comprendre que sa consultation ne ressemble en rien à une consultation d’un médecin traitant « classique », comme la plupart de nous les connaissons.

A la Médihalte, le centre d’hébergement médicalisé du Samusocial,  on reçoit les personnes sans abri dont l’état de santé nécessite un temps de repos ou des soins habituellement dispensés à domicile. Ils arrivent de l’hôpital pour y passer leur convalescence. Ou bien ils se préparent à une opération. Ils peuvent également avoir été orientés par leur médecin traitant ou un travailleur du réseau sans-abri. Cet hébergement leur permet de  prendre un traitement et de recevoir certains soins spécifiques (soins de plaie..) dans les meilleures conditions possibles. Ils sont à l’abri, suivis et accompagnés dans leurs démarches.

Pour le respect du secret médical, aucun nom ne sera mentionné dans cet article.

Un rayon de soleil passe par la fenêtre du cabinet médical. Voilà deux ans que le Dr. Santantonio reçoit en consultation les hébergés de la Médihalte. Ce matin, cinq patients sont prévus.Le premier patient, M. X, 52 ans, est arrivé le 20 mars.

« Comment ça va ? demande le Dr. Vous n’avez pas mal au ventre ?
M. X répond : « non, ça va, mais j’ai des étourdissements. »
Auparavant hébergé en centre d’accueil hivernal, Monsieur a dû être hospitalisé pour une hémorragie digestive. Il a ensuite été référencé vers la Médihalte, où il restera le temps de sa convalescence. Monsieur est belge, mais il doit faire renouveler sa carte de santé, pour pouvoir faire sa prise de sang. Le Dr Santantonio rédige une attestation grâce à laquelle il pourra récupérer le sésame auprès du CPAS. A la Médihalte, on rencontre beaucoup de personnes qui ne sont pas en ordre d’assurabilité.

Le second patient est espagnol. Il est hébergé à la Médihalte depuis 3 semaines. C’est un centre hivernal du Samusocial qui l’y a orienté : le diabète de Monsieur devait être rééquilibré d’urgence.Il ne parle pas français.
Le Dr Santantonio l’interpelle doucement : « on m’a dit qu’après le repas, vous mangiez encore ? »
« Non non… » répond-il, peu sûr de lui
Le médecin refait avec son patient le tour des médicaments qu’il prend : il n’y en a pas que pour le diabète. Monsieur a également mal aux yeux, et mal au dos. Il se plaint finalement d’une infection aux pieds. Il craint qu’elle ne soit liée à son diabète.  Le Dr regarde, et le rassure : « Ce n’est pas grave, on va faire tremper vos pieds dans un nettoyant spécial.»

C’est au tour du troisième patient. Son cas est assez complexe : orienté par l’hôpital, il est venu pour le traitement de sa tuberculose, diagnostiquée par le FARES*. Il a ensuite développé une infection urinaire puis s’est luxé l’épaule à cause d’une mauvaise chute. Pour finir, son diabète est déséquilibré. Monsieur est un peu perdu. Il ne sait pas quel jour on est.  Il ne sait plus quel âge il a. Il n’est plus très sûr de savoir d’où il vient. Le Dr l’aide : « vous êtes né en 1956, au Maroc, Monsieur». La communication est difficile. Le Dr tente une recommandation : « Manger, c’est bien, mais le sucre, ce n’est pas bien. Votre diabète est trop haut, il faut faire attention. Et boire beaucoup d’eau ».Le Dr Santantonio m’explique que Monsieur est bien trop désorienté pour être de nouveau livré à lui-même dans le futur. Il est inscrit en « long séjour » à la Médihalte.
Monsieur est en situation irrégulière. Si sa situation venait à être régularisée, il aurait alors droit à une mutuelle et  pourrait aller en maison de repos. On croise les doigts…

 Le quatrième patient est d’origine roumaine, il est arrivé en Belgique en 2002. D’ordinaire, il dort à droite à gauche, chez des amis, ou dans la rue. Les hivers, il les passe dans les centres hivernaux du Samusocial. Il est à la Médihalte en attendant de se faire opérer. Il doit se tenir à un régime très strict. Après son opération, il reviendra pendant une semaine, le temps de sa convalescence.

Arrive le dernier patient. Il est grand, il a 38 ans, il est polonais. Comme le premier patient, il a besoin d’un certificat pour faire renouveler sa carte de santé au CPAS d’Ixelles. Grâce à ce document, il pourra poursuivre sa chirurgie orthopédique en cours.
Après l’avoir examiné, elle demande à son patient : « Et niveau alcool, on en est où ? »
Un peu gêné, il répond : « Une bière par jour, ça dépend…»
« Vous avez de la chance d’avoir un appartement. L’alcool, ça peut poser problème pour garder votre logement. »
« Je sais. J’ai beaucoup réfléchi »…

Monsieur s’est cassé le genou et la rotule. La Médihalte l’a accueilli. Mais ce séjour sonne comme un retour à la case départ : « Monsieur a obtenu ses droits lors d’un premier séjour à la Médihalte. Il avait longtemps cherché et fini par  trouver un appartement. Mais il a recommencé à boire. Il a fait une chute, s’est cassé le genou et la rotule. Il ne peut plus monter à son appartement. Il est donc de nouveau parmi nous », m’expliquera plus tard le Dr Santantonio, un peu amère. « Mais son exemple nous montre que pour les personnes qui consomment trop d’alcool, il est possible de remonter la pente. Même s’il y a des rechutes. Le chemin est parfois long, il ne faut pas baisser les bras ».

 

 

 

 

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