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Samusocial

Dispositif d’urgence pour personnes sans-abri

Une matinée avec Maryam, professeur de français au centre pour demandeurs d’asile du Samusocial

10/11/2016

Depuis le mois de juin, les résidents du centre Fritz Toussaint, à Ixelles, ont la possibilité de participer à des cours de français gratuits. Syriens, Afghans, Irakiens…tous demandent l’asile en Belgique. Et considèrent ces cours comme le premier outil de leur intégration à venir.

Deux jours et demi par semaine, Maryam dispense des cours de français aux résidents du « centre Toussaint », comme on l’appelle ici.* Française d’origine iranienne, elle parle le Farsi, variante linguistique proche du Dari, l’une des langues majoritairement parlées en Afghanistan (outre le Pachtoune et l’Urdu). Maryam a donc une majorité d’Afghans dans son cours. ** Ce mercredi 2 novembre est calme. Ils sont 4. Tous Afghans. Qu’ils aient 18, 27, 29 ou 49 ans, Ahmed, Hamid, Elmas et Fawad ont tous un point en commun : ils ont fui. La guerre, les talibans…ils ont même parfois refusé de perpétrer des attentats-suicide. Ils étaient directeur d’entreprise en bâtiment, ingénieur en génie civil, commandant de police et étudiant. Ils sont venus seuls, par voie terrestre et/ou maritime, avec tous les dangers que comporte un tel voyage, laissant derrière eux leurs familles, nourrissant le vague espoir qu’un jour, ils pourront à leur tour les rejoindre en Belgique.

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Car ce cours de français, c’est aussi le symbole de leur second point commun : tous souhaitent rester au plat pays. Qu’ils en soient à leur premier, leur second ou même leur troisième entretien avec l’Office des Etrangers, ils sont tous déterminés, et optimistes. Le cours est donné en petits groupes, pour faciliter l’apprentissage et tenir compte des différents niveaux. Et puis surtout, « on s’adapte », explique Maryam. « Parfois, ils ne peuvent pas venir car ils doivent aller au CGRA*** ou à la commune pour un RdV administratif. J’essaye donc de tenir un fil rouge grâce à des modules thématiques : une fois, cela tournera autour d’une visite chez le médecin, une autre fois autour de la maison ou la famille. On essaye de leur faire passer un maximum d’informations d’ordre culturel, comme les jours de congé, ce qu’on mange, ce qu’on fait, comment fonctionne le pays, la différence entre le tutoiement et le vouvoiement…ce n’est pas toujours évident. Les repères culturels ne sont pas les mêmes, et l’alphabet non plus. Certains viennent de loin, n’ont jamais été à l’école ou m’ont dit que c’était la première fois qu’ils tenaient un bic dans leur main.»

Et les femmes ? «Il y a très peu de femmes au centre Toussaint. Comme beaucoup le savent, ce sont souvent les hommes jeunes et en bonne santé qui se lancent dans la migration, rappelle Maryam. Et la majorité des femmes présentes dans le centre sont d’origine africaine : la plupart parlent déjà français. »

Maryam est fière de ses élèves : « Je vois leurs progrès, c’est une évidence. Les résidents du centre sont très motivés. Le fait de voir que cela leur est utile dans leur quotidien est un retour énorme. »  Motivés, ils le sont. Porteurs d’espoir et d’avenir, également : Elmas, 18 ans, a un rêve : devenir professeur de langues…à Bruxelles.

 

 

* Ce centre du Samusocial est entièrement dédié aux réfugiés qui ne sont plus en situation de pré-accueil, mais dont la demande d’asile est en cours de traitement. Il est financé par Fedasil.

** Les arabophones du centre Toussaint vont en cours de français avec une autre professeur, le reste de la semaine (2 jours et demi). La plupart du temps, les cours sont fréquentés par une dizaine d’élèves. (Article réalisé pendant les vacances scolaires)

*** Commissariat Général aux Apatrides et Réfugiés

 

Les cours de français dont il est ici question sont dispensés dans le cadre de la mise en place d’une « Cellule pédagogique » entièrement financée par la BNP Paribas Fortis Foundation, lancée en avril 2016, pour un budget total de 180.210 €. Cette cellule, outre des cours de Français Langue Etrangère, propose des animations pédagogiques (ateliers multimédias, projections-débats de films documentaires, ateliers de discussion et d’expression sur des sujets d’actualité et de société…) ainsi que des sorties culturelles et sportives.