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Samusocial

Dispositif d’urgence pour personnes sans-abri

C’en est fini de la rue ! Bienvenue chez moi !

24/05/2017

Stepforward ou le grand rebond : un programme du Samusocial visant à accompagner les jeunes en errance au relogement, à Bruxelles.

09h du matin, dans les locaux de « Stepforward ».  L’équipe passe en revue le programme de la journée.
« On doit passer chez Fabian, cela fait trop longtemps que nous sommes sans nouvelles, » annonce Aude, la coordinatrice du programme.

Fabian a 23 ans. Il fait partie des 18 jeunes (10 hommes et 8 femmes) qui ont été remis en logement grâce à « Stepforward », un programme de Housing-First pour les 18-25 ans en errance à Bruxelles. Le projet a pour but d’endiguer l’augmentation du sans abrisme auprès de ce public et de favoriser leur autonomisation, via une remise au logement supervisée par l’équipe du Stepforward. La majorité des jeunes concernés par ce projet présente des problèmes psychologiques ou souffre de dépendances.

« On doit aussi passer voir Sabrina, on doit monter ses meubles ! », rappelle Damien, éducateur spécialisé.

C’est parti. Nous nous dirigeons vers la rue Van Garber, dans l’espoir de voir Fabian… enfin ! Malgré les appels et nombreux passages à son domicile, « cela fait 3 semaines qu’il ne  montre pas son museau », me dit Aude.

Fabian habite dans un immeuble où ont déjà logé 5 bénéficiaires du projet. Fabian fait partie des deux jeunes qui y vivent actuellement. Quant aux autres, l’un a quitté le  logement prématurément, deux ont négocié une fin de contrat à l’amiable avec les propriétaires. Ce fut entre autres le cas de Jason, qui avait tendance à inviter ses amis…qui ne repartaient plus. « En somme, il se faisait squatter son appartement. C’est toute la problématique de la remise au logement des jeunes sans abri. Quand ils obtiennent un logement, ils veulent en faire profiter leurs amis, eux-aussi sans-abris. Cela mène parfois à des dérives. » Finalement,  Jason est sorti de l’appartement pour se diriger vers une cure. « Maintenant il travaille pour les Petits Riens, et il a également obtenu un logement via son employeur. C’est une histoire qui finit bien », sourit Aude.

Quant à Fabian, une fois de plus, il n’est pas là. Sofiane, lui aussi éducateur spécialisé, m’explique : « ça engendre des frustrations de ne pas le voir. »
L’équipe s’interroge :
Où en est Fabian avec ses démarches administratives ?
A-t-il fait son changement d’adresse ? A-t-il fait son inscription à la commune ? A-t-il posé les premiers jalons de son suivi psychologique ? Comment va-t-il ?

Encore une fois, Aude lui laisse un message, le priant de reprendre contact au plus vite. « C’est un jeune assez débrouillard, on ne s’inquiète pas outre mesure, mais on veut juste s’assurer que ça avance», précise Damien.

 

 

 

 

 

 

Nous nous remettons en route. Direction Sabrina, cette fois.

Sabrina a 22 ans…et 4 enfants. Les 2 aînés sont placés en famille d’accueil, la troisième est en pouponnière et le petit dernier vient de naître.

Sabrina a un parcours particulièrement difficile. Elle-même fille de sans-abris, elle subit un viol à l’âge de 8 ans. Elle est ensuite placée en Hôpital Psychiatrique. A nouveau violée dans un internat, elle fuit. Commence alors l’errance. Les grossesses s’enchaînent. « Je logeais dehors et dans des squats, que je trouvais via des amis. J’allais souvent au ‘Chez Nous’* boire un café, prendre une douche et manger. Au total, j’ai vécu 7 ans en rue. Parfois je passais par des Maisons d’Accueil, mais ça ne durait jamais longtemps car je n’arrivais pas à me plier aux règles de vie. »

Elle passe 4 hivers au Samusocial. Aujourd’hui, cette époque lui paraît bien loin : le suivi psychosocial assuré par le Samusocial lui permet alors d’obtenir une place  dans un logement de transit du CPAS. Elle y restera un mois et demi : le programme Stepforward du Samusocial prend le relais. Sabrina fait sa première entrée en logement privé le 04 décembre 2015.

Aujourd’hui, elle quitte ce premier logement définitivement.  Elle est venue pour faire son état des lieux. Quand nous arrivons, elle termine de nettoyer. Sabrina est heureuse, elle est déjà installée dans son nouvel appartement, bien plus grand. Elle a des projets. « J’aimerais bien trouver un job en tant qu’article 60. Pour travailler aux Restos du Cœur, par exemple. »

 

 

 

 

 

 


Comment va-t-elle gérer le quotidien ? « C’est mon administrateur de biens qui va payer le loyer que je perçois du CPAS. Le temps de payer tous mes rappels de factures. L’avocate a mis en place un regroupement collectif de dettes pour me faciliter la tâche. Normalement, en 7 ans, tout devrait être en ordre. Pour le reste, je reçois 120 euros le lundi et 30 € le vendredi pour le Weekend. Bientôt, je demanderai à toucher mon argent deux fois par mois : maintenant je gère mieux mon budget. J’arrive même à épargner 15 € par mois. »

Et maintenant, quel lien Sabrina entretient-elle avec ses parents ? « Ma mère vit à Ostende. Elle est handicapée, elle est inscrite à la Vierge Noire.  Je communique de temps en temps avec elle, via whatsapp. Ce n’est pas toujours de bonne entente, elle me demande de l’argent que je n’ai pas, me donne des conseils que je ne peux pas suivre, elle ne réfléchit pas aux conséquences. Mon Papa, je le vois de temps en temps, plus ou moins une fois par mois. Ça fait 5 ans qu’on n’avait plus de contacts. C’est quand j’ai emménagé ici que je lui ai envoyé un message. Il m’a répondu. Quand il a appris que j’avais été à la rue tout ce temps, il m’a demandé pourquoi je n’étais pas venue sonner à sa porte. Mais moi, je n’avais besoin de personne.»

Une heure plus tard, nous voici dans le nouvel appartement de Sabrina. En effet, bien plus grand que le précédent. Propre et lumineux. A deux pas de la place du Jeu de balle.
Mais à peine une semaine après avoir emménagé,  les affaires commencent déjà à s’entasser. Aude, bienveillante, lui rappelle : « tu as trop d’affaires Sabrina, tu dois faire un tri. Tu dois t’y mettre, tu verras, ça suivra tout seul, si tu commences à trier tu vas aussi ranger».  En effet, cela s’impose : Sabrina doit récupérer sa fille, qui reviendra dès le lendemain vivre avec elle et son dernier petit frère. Définitivement. Si tout va bien.

 

 

 

 

 

 

Nous quittons Sabrina : demain, Sofiane et Damien reviendront avec la camionnette pour récupérer les affaires dont Sabrina se sépare. Elle me confie : « ils sont super, ils m’aident beaucoup. Stepforward, c’est top ! Ils me suivent, m’accompagnent dans mes RdV. Quand j’ai besoin de quelque chose, je leur téléphone. Je peux compter sur eux, ça me rassure. »

On la croit volontiers. Grâce au programme Stepforward, les jeunes en errance passent de la rue au logement. Mais ce n’est que la partie cachée de l’iceberg. Les équipes** du projet veillent ensuite à ce qu’ils y restent, à ce qu’ils s’y sentent bien, et au final, à ce qu’ils tiennent debout. Tout seuls. Sans Stepforward.

*Restaurant social bruxellois

**L’équipe du programme « Stepforward » est composée d’une coordinatrice de projet, de 2 éducateurs spécialisés, d’une psychologue, d’une assistante sociale et d’une captatrice de logement

 

 

 

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