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Samusocial

Dispositif d’urgence pour personnes sans-abri

Rencontre avec Simon, coordinateur du centre d’accueil pour demandeurs d’asile « Fritz Toussaint »

04/09/2017

Le Samusocial a récemment été secoué par une crise médiatique sans précédent. Le travail des équipes s’en est parfois trouvé fortement perturbé. Nous avons estimé qu’il était dès lors important de vous parler du travail de ceux qui font le Samusocial au quotidien. Un contenu bien éloigné de ce qui a récemment fait la Une de l’actualité.

Nous vous proposons aujourd’hui une série de portraits de travailleurs. Ils sont coordinateurs de centre, infirmier, médecin, éducateur, veilleur de nuit, portier, technicien, tous donnent le meilleur d’eux-mêmes pour contribuer à une mission qui leur est chère et commune : l’accueil du public sans abri et des demandeurs d’asile. Ils nous parlent de leur travail au quotidien, mais aussi de leur ressenti quant à la crise que nous traversons, nous font part de leurs craintes et espoirs quant à l’avenir du Samusocial et de leur job.

Aujourd’hui, nous rencontrons Simon, coordinateur du centre d’accueil pour demandeurs d’asile “Fritz Toussaint”.

Simon, pourquoi occupes-tu ce poste de coordinateur ?

« Ce travail a du sens. C’est une mission au service d’autrui et plus spécifiquement au service des demandeurs d’asile. Selon mes valeurs de solidarité et d’entraide, il est capital d’aider les gens en détresse et en danger. Malgré les difficultés du quotidien, c’est bon de savoir que mon énergie va au bien-être des personnes de ce centre, du moins tant qu’ils s’y trouvent. Je souhaite avant tout maximiser leurs chances d’obtenir des papiers et de faire en sorte que leur séjour soit le moins dur possible. La longue durée d’attente des résultats de la demande d’asile est une épreuve psychologique et physique que nous nous devons d’adoucir, par empathie d’abord et en répondant « disponible »  dès que c’est possible. Notre plus grande joie, c’est quand on a un retour positif sur le statut de la personne, de savoir qu’elle va pouvoir construire un avenir en dehors du centre. »

Quel rapport entretiens-tu avec les résidents ?

« Je suis coordinateur envers les travailleurs, mais aussi envers les résidents. Malgré que l’on soit dans un rapport professionnel, les échanges se font assez naturellement. J’essaye d’être le plus à l’écoute possible, de manière informelle aussi, même s’il est sûr qu’être coordinateur me laisse moins de temps pour ces moments-là : je suis plus souvent dans la résolution ou dans la recherche de solutions pour les problèmes constatés.»

A quoi ressemble une “journée-type” pour toi ?

« J’arrive à 08h00. Je commence par le débriefing avec l’équipe de nuit (composée d’un référent et de plusieurs veilleurs). On évoque les cas problématiques, j’écoute les suggestions des travailleurs. On cherche des solutions aux problèmes rencontrés, qu’ils soient médicaux, techniques, organisationnels, ou disciplinaires.

L’équipe de nuit laisse la place à l’équipe de jour. J’attribue leurs tâches aux travailleurs polyvalents, de manière à organiser les transports vers l’hôpital ou autres…

Il s’agit concrètement de dispatcher les tâches aux travailleurs de jour en fonction des urgences constatées la nuit, de continuer les missions en cours et de s’assurer qu’il y ait des travailleurs en place pour accomplir nos missions quotidiennes comme le service repas, le service linge, la répartition du travail communautaire…

A 13h30, on fait le débriefing avec l’équipe du matin qui a été rejointe par l’équipe de l’après midi (12h30-23h). Cela dure entre 30 min et une heure, selon les complexités du moment. C’est l’instant où nous sommes le plus nombreux et où nous pouvons donner les missions et informations du jour. La coordination commence généralement à relayer les problèmes éventuels et nous discutons ensemble pour trouver des solutions. Nous répartissons les missions et les tâches entre travailleurs polyvalents et attirons l’attention sur l’urgence sociale de tel ou tel cas. Nous annonçons aussi les arrivées du jour mentionnées dans le « Match-it » (on vous explique le “Match-it” un peu plus bas)  afin d’assurer un accueil convenable à nos nouveaux arrivants. Puis nous passons successivement aux volets social, médical, communautaire, sans oublier le nettoyage. C’est le moment où chacun a droit à la parole s’il le veut pour s’exprimer devant toute l’équipe. Nous sortons du débriefing en sachant clairement comment va se dérouler notre après-midi. 

De 14h30 à 18h30, la coordination continue son travail de lien entre les différents services, tout en gardant un œil sur les mails, le “Match-it”, le téléphone et le terrain bien sûr.

De 10h à 18h, les activités battent leur plein dans le centre et à l’extérieur. Il y a bien sûr tous les  entretiens sociaux, les  démarches administratives en tous genres, les cours de langues et d’intégration…mais aussi un large panel d’activités sportives et culturelles, éducatives et d’intégration, notamment grâce à nos animateurs qui participent, entre autres, à un projet pédagogique soutenu par BNP.

Toute la journée, je jongle entre ma boite mail, le téléphone, notre listing interne, les rapports et le « Match-it » : le Samusocial utilise ce système mis en place par Fedasil depuis le début d’année.  Les places ont été labellisées une fois pour toute dès notre entrée dans ce système, certaines avec des mentions spécifiques telle que la mobilité réduite, l’accès direct à une toilette etc, d’autres sans spécificités particulières.  C’est ensuite le dispatching, qui en fonction des places disponibles, va faire « matcher » des demandeurs d’asile à besoins spécifiques ou non à ces places labellisées. Le dispatching – qui reçoit de l’Office des étrangers les nouvelles demandes d’asile introduites   désigne  quotidiennement des centres d’accueil aux nouveaux arrivants via ce système. Nous pouvons ainsi avoir une visibilité sur nos arrivées du jour et organiser l’accueil des nouveaux dans les meilleures conditions. Les nouveaux résidents arrivent chez nous à partir de la fin de matinée jusqu’en soirée. Je m’assure qu’ils seront bien accueillis, je communique les chambres disponibles aux assistants sociaux, et m’assure  que les travailleurs polyvalents veilleront à ce que les chambres soient bien disponibles et propres, que les kits d’accueil* soient complets, que chacun dispose d’un casier fermable à l’aide du cadenas privé que nous leur procurons à leur entrée.

Et puis, il y a les choses de tous les jours, comme revoir les résidents avec qui on a des problèmes et mettre en place des solutions, écouter les doléances diverses et voir ce que l’on peut faire… Et bien sûr s’assurer que les effectifs de travailleurs soient suffisants dans le centre. On travaille étroitement avec l’autre centre du Samusocial mandaté par Fedasil qui s’occupe du transit des demandeurs d’asile à Neder-Over-Hembeek

Mes  journées sont également rythmées par  la rédaction des différents rapports : les rapports de jour, à destination de tous les travailleurs et les rapports de passation pour les responsables. Il y a aussi la rédaction du rapport de fin de semaine. Il comprend toutes les informations importantes des différents rapports de jour de la semaine, incluant tant la partie sociale (avancées du dossier administratif) que communautaire (vie quotidienne dans la structure  incluant les éventuels incidents liés à la vie du centre, …) et les avancées techniques de la semaine ou les nouveaux systèmes organisationnels mis en place. La partie médicale est soumise au secret professionnel et les infos ne sont transmises aux autres travailleurs que dans la mesure où celles-ci sont nécessaires à la sécurité ou à la bonne gestion quotidienne du suivi des résidents.

Pourquoi autant de rapports ? Tout simplement parce que les coordinateurs ainsi qu’une bonne partie de l’équipe  travaillent en « 7/7 ». Cela veut dire que je travaille 7 jours consécutifs dans la semaine, et que ma collègue prendra le relais la semaine suivante, pendant que je suis en récupération. Elle (et les autres personnes qui ont un rôle de gestion d’équipe dans le centre et qui travaillent sous le même régime), doivent avoir tous les éléments de la vie dans le centre ainsi que tous les éléments des dossiers des résidents,  à disposition et à jour, pour continuer le travail efficacement.»

Ce système de travail en 7/7 est-il satisfaisant ?

« Oui, pour moi c’est bien mieux que de travailler sous le régime 5/7 (5 jours par semaine, ndlr). J’aurais l’impression de n’être qu’un pansement sur les urgences, qui sont légion. Pendant le Weekend, certains services avec qui on est en contact direct sont fermés. C’est l’occasion pour moi de me concentrer sur l’organisation de la vie dans le centre. J’en profite pour réorganiser les stocks, pour inventer de nouveaux systèmes, pour améliorer le fonctionnement des équipes et de de la vie quotidienne, mais aussi pour tenter de rendre plus agréables les chambres et les espaces communs. Ma force, mon dada en tant que coordinateur, c’est le bien-être dans le centre. Ma collègue (qui prend le relais la semaine suivante) et moi  sommes très  complémentaires.  Elle se concentre avant tout sur le volet social les procédures, et moi d’abord sur la vie pratique au quotidien dans le centre ».

 Comment la crise qui a récemment secoué le Samusocial a-t-elle été vécue ici, au centre pour demandeurs d’asile ?

« Vu d’ici, la crise nous a semblé assez lointaine, pour deux raisons principales : nous ne sommes pas au siège du Samusocial, et surtout, nous n’étions pas concernés par l’histoire des jetons de présence car rien n’est financé ici sur base des dons privés, notre financement est fédéral.  Bien sûr, moralement, nous avons été touchés, car l’image du Samusocial est évidemment ternie par cette affaire. Mais cela ne nous a pas empêchés de faire notre travail sur le terrain. Le public que nous accompagnons est moins au courant de la crise que le public sans abri suivi dans les autres centres du Samusocial. »

Comment envisages-tu l’avenir ? Que penses-tu de la possible régionalisation de la gestion du Samusocial ?

« On se demande bien sûr quelle collaboration le régional entretiendra avec le fédéral. Que deviendra notre mission ?  Dans quelle mesure sera-t-elle modifiée ? Même si nous avons l’impression que notre mission est nécessaire à Fedasil, on ne peut cacher quelques appréhensions quant à notre futur… C’est vrai que la régionalisation peut mener à des changements importants. Ici, on se demande si on pourra toujours travailler en 7/7, si on aura la même flexibilité dans nos conditions de travail. Retrouvera-t-on ces possibilités d’organisation ailleurs ?» Et puis nous nous inquiétons pour nos équipes sur le terrain avec qui nous tissons des liens forts, tant professionnellement que personnellement. Seront-elles modifiées ? Certains perdront ils leur place parmi nous ? 

Je ne peux pas imaginer que notre mission d’orientation et d’accueil des demandeurs d’asile s’arrête demain. Mais si on devait fermer, la première question qui se pose est : que va-t-on faire de notre public ? Qui va reprendre ce projet spécifique ? Je pense à la gestion des cas disciplinaires, aujourd’hui essentiellement pris en charge par le Samusocial. Et puis, bien sûr, quid de nos emplois et de nos collègues, de notre dynamique d’équipe?  Que va-t-il se passer pour les travailleurs les plus âgés ? Et enfin, que va-t-il se passer si on change de nom ? Et si on change de Direction ? Nous avons une excellente collaboration avec notre coordination générale,  les responsables Fedasil et du dispatching.  Vous savez, comme dit l’adage, on sait ce qu’on perd, pas ce qu’on gagne. On croise les doigts. En tout cas, on reste très attachés au projet d’entraide du Samusocial, je suis fier des valeurs défendues, que ce soit avec les sans-abris ou les demandeurs d’asile. Le Samusocial, et particulièrement Toussaint, c’est aussi une grande famille. J’espère que ce Samusocial-là sera préservé.»

 

*Une vingtaine de Kits d’accueil sont préparés pendant le WE par les travailleurs polyvalents. Ces kits comprennent :

– 1 couverture

– 2 draps 

– 1 brosse à dents + dentifrice

– 2 rouleaux de papiers de toilette

– 1 gel douche

– 2 rasoirs  jetables

– une assiette incassable

– 1 gobelet 33 cl incassable

– 1 cadenas personnel à clé unique 

+ les oreillers et taies sont fournies sur demande

Vous voulez en savoir plus  sur la mission du Samusocial auprès des demandeurs d’asile? C’est par ICI !

Vous voulez en savoir plus sur le parcours des demandeurs d’asile, du centre de transit vers le centre d’accueil du Samusocial? C’est par LA !

 

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