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Édito

On peine à trouver les qualificatifs pour résumer cette année 2020 qui fut bouleversée par la pandémie de Covid-19.

Cette crise sanitaire nous a confrontés à plusieurs défis majeurs : la protection des travailleurs et des résidents, la réorganisation en profondeur de l’accueil afin de limiter la promiscuité au sein des centres, l’ouverture de centaines de places dans des hôtels réquisitionnés par la Région bruxelloise

Conséquence, une augmentation de 30% de l’occupation entre 2019 et 2020, le nombre de personnes sans abri hébergées passant de 792 à 1.043 en moyenne chaque jour. 

Au total, ce sont donc 5.965 personnes sans abri – dont 1.296 enfants – et 1.121 demandeurs d’asile qui ont été hébergés et accompagnés en 2020 par le Samusocial.

La pandémie de Covid-19 a engendré une adaptation majeure de notre fonctionnement et de l’organisation d’accueil des personnes que nous aidons. L’ensemble de nos centres est passé à un accueil de type résidentiel, 24h/24, une première dans l’histoire du Samusocial. Autre nouveauté de taille : l’ouverture d’un centre spécifique pour femmes, permettant un accueil et un accompagnement qui ont immédiatement prouvé leur efficience. Depuis son ouverture, ce centre oriente en moyenne 16 femmes par mois vers des solutions de sortie de rue. Quand on connaît la difficulté à accompagner ce public vulnérable et multi-carencé, la pérennisation de ce programme d’accueil au-delà de la crise sanitaire constitue aujourd’hui un enjeu prioritaire pour le Samusocial.

L’analyse des premiers effets des mesures prises durant la crise sanitaire renforce le positionnement que nous défendons depuis des années quant aux conditions d’accueil de l’hébergement d’urgence, à Bruxelles et ailleurs. Cette crise doit servir de tremplin à une nouvelle conception du travail d’urgence et d’insertion dispensé au sein du secteur de l’aide aux personnes sans abri. Une conception permettant d’offrir un accueil digne dans un environnement sain, tant en termes de santé publique que d’accompagnement des personnes. Il est capital de ne pas retourner dans un fonctionnement d’accueil où la recherche de la quantité se fait parfois au détriment de la qualité.

Une des premières conséquences de ce saut qualitatif opéré dans l’accueil et l’encadrement est l’individualisation renforcée de l’accompagnement qui a eu pour résultat le quasi doublement du nombre d’orientations effectuées par nos équipes d’accompagnement. En 2020, 1.591 personnes ont pu être orientées vers une solution de sortie de rue, soit une personne sur quatre accueillie, ce qui constitue une augmentation de 84% par rapport à 2019. Rappelons-le encore, la sortie de rue, c’est l’objectif ultime de toutes les actions menées par nos équipes.

Cette sortie de rue est cependant rendue quasi impossible pour 60 à 70 % des personnes sans abri hébergées dans nos centres en 2020, qui se trouvent en situation irrégulière sur le territoire. En effet, seulement 30% des personnes accueillies en 2020 sont détentrices de papiers belges, 12% sont détentrices de papiers européens, parmi elles les Européens de l’Est – notamment les Roms – devenus irréguliers, leur statut de touriste ayant expiré.

Pour ces personnes, la seule perspective de sortie de rue semble être la régularisation qui leur donnera droit au travail légal et aux aides sociales permettant l’orientation en logement à moyen ou long terme.

Nous le disons souvent, ce que l’on appelle le “sans abrisme” recouvre une multitude de situations et d’invididualités. Dans les rues de Bruxelles se trouvent des Belges, des personnes en situation légale, des sans-papiers, des migrants en transit. Depuis 2012, le Samusocial gère un programme d’accueil pour demandeurs d’asile sous mandat de l’agence Fedasil.  Cette mission est stratégique et complémentaire à notre action sans abri qui accueille par ailleurs de nombreuses personnes qui ont été déboutées de leur demande d’asile. En 2020, nous avons ainsi ouvert un deuxième centre à Koekelberg, qui ajoute 250 places aux 350 places déjà ouvertes à Neder-Over-Heembeek. 

Autre réalité marquante de cette année 2020, réalité qui a été confirmée par le dernier dénombrement régional organisé par Bruss’help : l’augmentation du nombre de squats qui abritent et invisibilisent des centaines de personnes sans logement fixe, rappelant que le sans-abrisme observable en rue ne représente que la partie visible d’une problématique de l’exclusion et de la détresse sociale, qui est massive dans notre capitale. Cette réalité rappelle avec force le rôle essentiel de nos équipes mobiles d’aide, leur fonction d’Aller Vers, là où les personnes se trouvent, fonction qui constitue l’ADN de l’approche et de la mission du Samusocial. La reconnaissance de leur rôle central et transversal dans l’aide aux personnes sans abri est un enjeu actuel pour lequel nous nous mobilisons.

Les défis sont multiples afin de pouvoir répondre à des besoins qui sont en augmentation croissante, année après année. Pour cela, les collaborations et les synergies que nous développons avec nos partenaires – associatifs, publics ou privés – sont essentiels et doivent être renforcées encore. Nous tenons à remercier chacun d’entre eux pour leur engagement auprès de nos équipes dans cette mission de chaque jour, chaque minute.