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Samusocial

1000 places en moins : “ce que la ministre appelle des ‘places’, ce ne sont pas des lits vides, ce sont des personnes”

05/08/2026

Le gouvernement fédéral a annoncé la suppression de 1000 places d’hébergement prévues dans le cadre du Brussels deal, sans aucune concertation préalable avec les acteurs du secteur. Derrière ces chiffres, il y a des enfants, des familles, des femmes – souvent victimes de violences conjugales – , des hommes. Ces personnes sont accompagnées par des travailleur·euses engagé·es, à bout de souffle. Aujourd’hui, nous leur donnons la parole. 

Julie, travailleuse socio-juridique au sein du dispositif ‘Alif’ pour Mineurs Non Accompagnés :

“D’abord, c’était le choc. Pour moi, pour mes collègues, ce que la ministre appelle des ‘Places’, ce ne sont pas des lits vides, ce sont des personnes. 

Les Mineurs Non Accompagnés  en errance sont un public très vulnérable, avec des spécificités toutes particulières. De par leur parcours migratoire complexe, ils sont souvent sujet aux assuétudes. De par leur jeunesse et leur isolement, ils se retrouvent à la merci des réseaux et de la traite des êtres humains. Enfin, ils n’ont pas de statut administratif clair. Nous sommes le seul dispositif en Région bruxelloise qui leur apporte un soutien psycho-médico-social intégré et adapté à la complexité de leurs situations et de leurs profils. On travaille avec ces jeunes, on établit du lien, on a parfois des victoires, notamment en trouvant des solutions d’orientation durable au sein de l’espace européen. 

Notre travail est un travail de longue haleine, cette annonce nous coupe dans notre élan.

Contrairement à ce que Mme Van Bossuyt avance dans ses chiffres, on observe toujours plus de demandes d’intégration de notre dispositif : tous les jours, on refuse des jeunes désorientés qui toquent directement à notre porte. C’est d’ailleurs une obligation du fédéral de prendre en charge les mineurs et de les accueillir. Fermer ces places ne fera qu’augmenter la pression sur un secteur déjà saturé et sur certains quartiers de l’espace public bruxellois déjà en souffrance, ne faisant qu’attiser un débat de plus en plus polarisé. 

Fermer ces places revient tout simplement à jeter ces enfants dans la gueule du loup. Il n’est pas trop tard pour rétropédaler… Que la Ministre vienne voir notre travail sur le terrain !” 

Ismaël, bientôt 16 ans : 

“J’ai entendu qu’il y aurait bientôt 1000 places d’accueil en moins à Bruxelles , aussi pour les jeunes comme moi. Voir des gens qui dorment dans la rue, ça me touche et ça me fait peur : et si c’était moi ?

Se retrouver encore une fois dans la rue, à mon âge, ce serait une catastrophe. Je suis sûr que je recommencerais à faire des bêtises. Je connais la rue, j’y ai passé quelques semaines avant d’être ici. J’avais tout le temps peur, Bruxelles c’est dangereux ! Je consommais. Du cannabis et des médicaments assez puissants. Pour oublier. Et pour soulager ma douleur, parce que j’avais très mal au dos. 

Ce sont des travailleurs du centre Alif qui m’ont trouvé dans la rue, pendant leurs maraudes.

Depuis que je suis dans le centre, tout va mieux : je suis nourri, logé, je peux avancer. J’ai vu des médecins, je continue d’en voir, et j’ai moins mal au dos. Je n’ai plus de problèmes de peau : la gale, c’est très compliqué.
Et puis j’ai arrêté de consommer.  Maintenant je n’en ai plus besoin. J’ai appris à prendre soin de moi, à Alif.  Je suis stable, et je ne veux pas perdre tout le positif que j’ai reçu, si je redeviens sans abri. Je ne veux pas recommencer à zéro.

Quand je partirai du centre, je laisserai la place à un autre jeune, comme moi.  Sauf si tout ferme, bien sûr. J’ai toujours une bonne image du Samusocial. Je ne comprends pas pourquoi il se passe cela, ce n’est pas juste.”

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