1000 places en moins : celles et ceux qui en paieront le prix
30/07/2026
Le gouvernement fédéral a annoncé la suppression de 1000 places d’hébergement prévues dans le cadre du Brussels deal, sans aucune concertation préalable avec les acteurs du secteur. Derrière ces chiffres, il y a des enfants, des familles, des femmes – souvent victimes de violences conjugales – , des hommes. Ces personnes sont accompagnées par des travailleur·euses engagé·es, à bout de souffle. Aujourd’hui, nous leur donnons la parole.
Thibault, responsable des dispositifs de transition du Samusocial :
« Au-delà de la catastrophe sociale que promet l’annonce de la suppression de 1000 places, la forme qu’elle a prise est déplorable, au mépris le plus total de l’expertise du secteur de l’aide aux personnes sans abri, sans aucune concertation préalable. L’information tombe comme une bombe, au cœur de l’été, quand tout le monde baisse la garde. On nous annonce d’abord la suppression de 300 places, puis de 700 supplémentaires… sans savoir quels dispositifs seront impactés, ni qui perdra son emploi. On a le sentiment d’être dans une immense roulette russe, cela crée un mal-être profond auprès des travailleur·euses d’un secteur déjà en souffrance. On a une épée de Damoclès au-dessus de la tête.
Dans les projets de transition, nous accompagnons des personnes pour une durée d’un an environ : avec cette annonce, le Samusocial devient dès lors une institution qui abandonne et rejette les personnes qu’elle accompagne depuis plusieurs mois déjà vers des solutions durables. Des personnes prêtes à rebondir risquent de rechuter du jour au lendemain, le tremplin qu’elles avaient enfin sous leurs pieds risque de se dérober. Quant aux nouvelles personnes qui pourraient intégrer le projet d’ici-là, comment pourront-elles avoir confiance en l’organisation?
Avec ces nouvelles mesures, on a le sentiment d’être le bras armé du gouvernement : bien que nous soyons heurtés dans le fondement de notre engagement, c’est nous qui allons les appliquer, c’est nous qui allons poser des actes violents. Comment ne pas être en colère ? Comment rester motivé·es? Et au-delà de cela, comment continuer de rêver et laisser une place à la créativité dans la réflexion autour de projets novateurs comme les dispositifs de transition? »
Anna, jeune maman hébergée dans notre centre d’accueil d’urgence pour familles :
Anna a demandé la protection internationale en Belgique. Elle est d’abord accueillie dans le réseau Fedasil à la Croix-Rouge. Comme toutes les personnes en demande d’asile, elle a accès à une carte Orange, elle travaille. Anna tombe enceinte. Trois mois après l’accouchement, mauvaise nouvelle : sa demande est rejetée, elle doit quitter le centre, son bébé de trois mois dans les bras. « Au début, c’était très difficile, j’ai beaucoup pleuré. J’essayais de répéter à Sacha que ça irait pour nous mais je ne savais pas trop ce que nous réservait l’avenir ». Après quelques nuits dans les rues de Bruxelles, Anna et son bébé seront finalement accueillis dans le centre d’accueil d’urgence pour familles du Samusocial. Aujourd’hui, Anna fait partie des 1000 personnes qui risquent de se retrouver à nouveau en rue, suite à l’annonce de la suppression des places d’accueil par la Ministre de l’Accueil et la Migration.