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Samusocial

1000 places en moins : ‘que la dignité humaine redevienne la boussole de l’accueil en Belgique !”

25/08/2026

Le gouvernement fédéral a annoncé la suppression de 1000 places d’hébergement prévues dans le cadre du Brussels deal, sans aucune concertation préalable avec les acteurs du secteur. Derrière ces chiffres, il y a des enfants, des familles, des femmes – souvent victimes de violences conjugales – , des hommes. Ces personnes sont accompagnées par des travailleur·euses engagé·es, à bout de souffle. Aujourd’hui, nous leur donnons la parole.

Bertrand, travailleur social au centre d’accueil pour hommes isolés ‘WTC’ : 

“Le WTC, c’est un dispositif d’abord ouvert dans le cadre du plan ‘Froid Extrême’ de la Région… et qui s’est ensuite pérennisé ; il est devenu la première porte d’entrée des hommes sans solution d’hébergement, avec une mise à l’abri de trois jours, avant de leur proposer, quand c’est possible, une orientation, interne au Samusocial ou chez nos partenaires (BelRefugees, Croix Rouge…). On est le dernier rempart avant la rue.

Alors que le Samusocial réfléchit à son plan stratégique pour les prochaines années, et que ce modèle d’accueil en deux phases prenait tout son sens, faisait ses preuves, l’annonce de la fermeture du WTC est très questionnante. 

Le grand drame de la suppression des 1000 places à présent, c’est qu’un Demandeur de Protection Internationale (DPI) qui passait déjà en moyenne 4 à 5 mois en rue avant d’obtenir une place d’accueil dans le réseau Fedasil, n’aura même plus la possibilité de trouver un peu de répit au Samusocial, complètement saturé. 

Aujourd’hui, lorsqu’un DPI enregistre sa demande d’asile, en lieu et place d’être accueilli, il reçoit un simple document expliquant comment s’inscrire pour être hébergé au Samusocial. C’est un véritable scandale institutionnel : l’Etat se décharge sur le réseau d’urgence tout en annonçant refuser de le financer. Amputer un subside originellement mis en place pour pallier ses propres manquements relève du non-sens. 

La crise humanitaire qui s’annonce n’est pas une fatalité mais un choix politique délibéré du gouvernement. Alors que la Belgique a déjà été condamnée plus de 16.000 fois par le Tribunal du travail et la Cour européenne des droits de l’Homme et persiste à ignorer les astreintes, ce sont l’Etat de droit et le droit fondamental à l’accueil qui se trouvent aujourd’hui mis en péril. Et après? 

Et puis, n’oublions pas les conséquences sur l’emploi… Les travailleurs sociaux sont à bout de souffle, la charge mentale est immense et les horaires difficiles. Le Samusocial ne souhaite plus proposer de CDD mais y est parfois contraint, de par la forme de ses financements. Dépendant du subside ‘Brussels deal’, j’ai signé 4 contrats en 7 mois, et aujourd’hui, je perds mon job, tout comme une vingtaine de mes collègues. Là aussi, le calcul est mauvais : c’est le chômage qui va compenser.

Il est urgent que la dignité humaine redevienne la boussole de l’accueil en Belgique. Il faut maintenir ces financements. Non, il n’y a pas assez de places : bien qu’ils savent qu’ils doivent passer par le téléphone pour obtenir une place, les gens se battent devant le centre pour rentrer ! Quelqu’un a dit un jour : “La véritable mesure de toute société réside dans la manière dont elle traite ses membres les plus vulnérables.”
Pourvu que la messe ne soit pas dite en Belgique.”

Zacharie, 32 ans, hébergé au centre WTC. 

“J’ai passé deux jours dehors, c’était difficile pour moi. Et puis j’ai eu une place au Samusocial, pour trois nuits. 

On m’a orienté dans un centre où je pouvais rester jusqu’à obtenir une place dans le réseau Fedasil. Je suis resté 90 jours. J’ai reçu l’invitation à me présenter au dispatch pour obtenir une place. Mauvaise surprise, j’ai découvert que c’était une place ‘retour’, pas une place d’accueil ; J’ai décidé de refuser : accepter cette place, cela veut dire de fortes chances de se retrouver en centre fermé et retourner dans le pays d’entrée. Dans mon cas c’était l’Espagne. 

Alors j’ai composé le numéro du Samusocial, encore une fois. J’ai eu de la chance, j’ai eu une place. J’ai des amis qui sont restés plusieurs semaines dans la rue avant d’avoir une place au Samusocial. Quand on voit cela, on se dit que supprimer 1000 places, c’est de la folie. Il y a déjà 1000 personnes qui dorment dehors, il paraît. 

Mon “Dublin” s’arrêtera le 16 septembre, et la Belgique redeviendra compétente pour traiter ma demande. Je croise les doigts pour que ma demande de protection internationale soit acceptée. Si je reçois un positif, alors d’abord je dirai ‘chapeau’ au Samusocial : l’accompagnement que j’ai reçu m’aura bien aidé et c’est sûr que cela aide beaucoup de gens. Je suis convaincu que l’existence de leurs structures contribue à diminuer le taux de violence et d’agression dans l’espace public : dans la rue, on devient fou. Le fait de diminuer de 1000 places, c’est aussi mettre beaucoup de personnes au chômage

Je compte m’installer ici, je le souhaite vraiment. Je souhaite fonder une famille. J’aimerais faire du travail social ; J’ai commencé à apprendre le néerlandais.. même si je ne sais pas si je vais pouvoir rester ici. Je parle français, anglais, turc, mandarin.. ça peut être utile pour le travail social.”

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