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Samusocial

500 jours sans gouvernement : l’impact sur le Samusocial et ses missions essentielles

12/11/2025

Lors de la soirée-débat organisée par le journal Le Soir avec les représentant·es des partis bruxellois, Sarah de Liamchine, Directrice générale du Samusocial a pris la parole pour témoigner de l’impact direct de l’absence de gouvernement sur l’organisation et sur les personnes les plus vulnérables.

Voici le texte intégral de son intervention :

Le Samusocial est une ASBL de droit public qui exerce trois missions très simples à formuler, mais parfois très difficiles à réaliser :

  • Accueillir des personnes en grande précarité.
  • Accompagner ces personnes pour qu’elles récupèrent leurs droits fondamentaux.
  • Et témoigner, précisément comme ce soir, de la réalité vécue par ces personnes.

Ce soir, je souhaite vous témoigner en quoi ces 500 jours sans gouvernement ont un impact direct sur ces trois missions et sur notre organisation dans son ensemble.

En premier lieu, et malgré une forme de stabilité d’une partie de nos places, force est de constater que nos capacités d’accueil sont impactées.

L’absence de gouvernement amène, même pour un organisme habitué à l’urgence comme nous, son lot d’incertitudes et de crises. Ces derniers mois, plusieurs centres ou dispositifs ont été menacés de fermeture, faute de décision ou de budget validé. Face à ces risques de fermeture, et pour éviter de renvoyer des personnes à la rue, nous avons pris des décisions difficiles, souvent risquées, pour maintenir des places… sans garantie de financement.

Ces maintiens permettent de mettre des personnes à l’abri, mais se sont faits au détriment du bien-être de nos travailleur·euses, qui restent suspendus à des décisions qui ne viennent pas, qui se demandent s’ils vont travailler la semaine suivante ou recevoir un C4.

Soyons clairs : fermer un centre est toujours un moment difficile, mais nous le faisons régulièrement, et cela fait partie du job. Mais le faire pour des raisons administratives, c’est ajouter de la violence à la misère. Et cela, nous nous y refusons.

Nous disons souvent que 500 jours sans gouvernement, pour nous et pour tout le secteur non marchand, c’est un peu comme conduire un bus scolaire avec un œil fermé. Tout le monde estime que notre mission est essentielle, mais personne ne peut nous garantir des moyens suffisants pour l’exercer. Oui… Imaginez bien la scène pour comprendre notre quotidien.

Le Samusocial, ce sont 700 travailleuses et travailleurs.
Nos 13 centres accueillent quotidiennement 2 000 personnes, 365 jours par an.
Nous sommes aussi présent·es nuit et jour, en rue, en maraude, afin d’apporter un minimum de soutien et d’aide matérielle aux personnes qui vivent en rue.
Ce travail est rendu possible par différents financements, dont la plupart sont régionaux, pour un total de 67 millions d’euros.

Même si certains budgets sont « stables », l’instabilité politique sur certains montants importants rend l’ensemble fragile. Trop fragile.

Vous l’avez peut-être vu dans la presse : dans quelques semaines, en raison de retards de paiement et de budgets provisoires, nous connaîtrons une cessation de paiement. Chaque jour, ce sont des dizaines de mails et de contacts pour débloquer tout ce qui peut l’être, justifier et expliquer. J’espère encore que les solutions sont proches, mais je vis avec ce risque au quotidien et mes 699 collègues également.

Ce n’est pas “juste de l’argent”. C’est de la souffrance dans nos équipes… et chez les personnes que nous accueillons. Parce que parfois, nous accueillons mal, faute de moyens, faute de décisions en temps utile. Et nous refusons de normaliser ce “mal-accueil”.

500 jours sans gouvernement, c’est aussi une impasse sur l’innovation et l’adaptation.
Nos publics changent. Nous voyons davantage de personnes très âgées, dont certaines vivent carrément leur fin de vie dans nos centres, sans cadre adapté.
Nous accueillons de plus en plus de personnes en grande souffrance psychique, parfois envoyées par des unités psychiatriques, et pour lesquelles nous sommes démuni·es.

Depuis septembre, nous avons dû refuser 2 000 demandes de familles, et la moitié de ces familles n’étaient jamais venues auparavant dans un centre.
Et en 2025, 28 bébés sont nés au Samusocial.

Comme ASBL de droit public, nous assumons une mission non seulement essentielle, mais aussi vitale à notre démocratie : respecter la dignité humaine de manière inconditionnelle. Et nous l’avons fait pendant ces 500 derniers jours, malgré l’absence de gouvernement.

Le bus scolaire roule encore. Il est rempli à son maximum et il avance à toute vitesse.
Notre souhait est simple : permettez-nous de le conduire en sécurité, pour nos hébergés comme pour nos travailleur·euses, afin que tous ces passagers, les citoyens et citoyennes les plus précarisés, retrouvent le chemin de la dignité et de l’émancipation.

Les prochains jours vont compter.

Vos décisions vont compter.

Ni les 2 000 personnes que nous accueillons, ni toutes celles que nous refusons chaque jour n’ont le luxe d’attendre encore 500 jours. Elles n’ont le luxe de rien, puisqu’elles sont privées de tout.

Merci.

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