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Samusocial

Dispositif d’urgence pour personnes sans-abri

Aide aux personnes sans abri : de l’importance de reconnaître la complémentarité des approches

08/11/2018

Deux femmes sans abri sont décédées dans les rue de notre capitale la semaine dernière.
Ces drames ont provoqué un vif émoi au sein du secteur associatif mais également du grand public.
Nous partageons bien entendu cet émoi, nos équipes le vivent d’autant plus intensément que l’une des victimes était activement suivie par nos équipes mobiles d’aide.

Si la tentation fut grande de réagir aux nombreuses réactions sur ce qu’il convient de faire ou ne pas faire, nous avons préféré prendre le temps de la réflexion avant de nous exprimer.

La mort en rue ou dans une institution d’une personne sans abri est vécue par l’ensemble des acteurs du terrain comme un échec. Echec des politiques publiques d’aide, échec des systèmes et dispositifs d’aide existants, échec de « l’urgence » diront certains.

Chacun a le devoir de se remettre en question. Nous l’avons dit comme beaucoup d’autres, ce n’est pas tant l’hypothermie qui tue les personnes sans abri par temps froid. C’est la difficulté de ne pouvoir secourir des personnes très vulnérables qui refusent parfois d’être aidées. C’est aussi la difficulté de parvenir à offrir un cadre d’accueil qui encourage ces personnes à se réfugier dans les dispositifs d’hébergement. En ce sens, nous portons une part de responsabilité dans la réticence de certaines personnes à accepter notre aide.

Des progrès doivent être faits, tant au niveau de la qualité de l’accueil dans les dispositifs d’urgence qu’au niveau de la souplesse des conditions de prise en charge dans les programmes d’insertion.

Rappelons cette réalité incontournable pourtant passée sous silence dans les récentes réactions publiques : plus de la moitié des personnes sans abri à Bruxelles sont en situation « irrégulière » sur le territoire et ne peuvent dès lors prétendre à aucun autre programme d’hébergement que celui offert par les dispositifs d’urgence.
Rappelons également la difficulté d’orienter vers les programmes d’insertion (maisons d’accueil, dispositif housing first) les personnes multi-carencées qui accumulent plusieurs problématiques, médico-psycho-sociales.

Dans ce contexte, comment peut-on affirmer que nous avons aujourd’hui les moyens d’éradiquer le sans abrisme à Bruxelles ?

Nos équipes sont chaque jour animées par la motivation de résoudre des situations individuelles et nous appelons également de tous nos vœux la recherche de solutions permettant de réduire le sans abrisme. Mais, il faut pouvoir le dire, la réalité nous rappelle malheureusement que nous sommes très loin de parvenir à y mettre fin…
Pragmatisme ne veut pas dire résignation. Pour les équipes du Samusocial comme pour les autres professionnels du secteur, la réalité de la mort en rue ou dans une structure d’aide, reste insoutenable et nécessite des remises en question. Mais tant que des personnes seront en rue, la priorité première de nos équipes restera de tout faire pour éviter de les laisser livrées à elles-mêmes.  À ce titre, cet été 2018, pour la première fois dans l’histoire de notre association, aucune famille avec enfants en demande d’hébergement n’a eu à dormir dehors.

La réponse aux besoins primaires, l’urgence d’abord, oui, nous le reconnaissons. Mais cette approche n’empêche pas pour autant les accompagnements au long cours lorsque cela s’avère nécessaire. Dans de nombreux cas, c’est précisément la réponse aux besoins primaires qui constitue une amorce permettant d’initier des accompagnements avec des personnes qui ne pourraient s’inscrire autrement dans une démarche de réinsertion. Si tout doit être mis en oeuvre pour écourter tant que possible le passage dans les dispositifs d’urgence, nombre de situations rencontrées restent malheureusement bloquées dans nos centres d’accueil et ne peuvent être orientées vers d’autres structures d’insertion. C’est par exemple le cas de plus de la moitié des familles hébergées par le Samusocial qui sont en situation irrégulière. C’est le cas de personnes vivant un cumul de problématiques et pour qui une orientation reste très difficile.

L’urgence ne doit à aucun moment devenir une fin en soi. Dans un monde idéal, elle ne devrait plus exister. Mais tant que des personnes seront en rue dans l’« ici et maintenant », elle restera essentielle. Ni les programmes d’urgence, ni les programmes d’insertion ne parviendront à résoudre l’un sans l’autre le sans-abrisme dans sa forme actuelle. Les approches à l’œuvre doivent être envisagées sous l’angle de leur complémentarité et non pas de façon exclusive.

Vouloir mettre fin au sans abrisme reste une ambition noble et toutes les initiatives visant à le réduire doivent bien entendu être soutenues. Mais pour ne pas rester qu’un slogan, cette ambition doit commencer par considérer la réalité de l’exclusion dans son ensemble, en prenant en compte tous les publics qui vivent au quotidien l’épreuve de la rue.

La mort en rue est certes choquante. L’obligation d’y vivre l’est encore plus. Il n’est peut-être pas inutile de le rappeler, les acteurs de terrain de l’ensemble du secteur d’aide aux sans abri sont chacun animés par la même intention : aider toutes les personnes en détresse dans les rues de Bruxelles à en sortir. Cette intention doit nous rassembler autour de nos complémentarités qu’il convient de synchroniser. C’est dans cette démarche que souhaite aujourd’hui s’inscrire le Samusocial qui, nous le rappelons, est encore en phase de transition.

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