Autour de Bruxelles-Midi, une vaste campagne de vaccination contre la diphtérie cutanée
28/05/2026
Il est 18h, devant la Tour du Midi, un petit groupe d’une dizaine de personnes s’active, chasubles du Samusocial ou de Médecins du Monde sur le dos. Après six cas confirmés de diphtérie cutanée, les deux acteurs de l’aide aux personnes sans abri ainsi que plusieurs partenaires de terrain ont décidé d’unir leurs forces pour mener une campagne de vaccination auprès du public sans abri vivant dans le secteur : en quatre semaines, 86 personnes ont été vaccinées, dont 60 dans les dispositifs mobiles.
Une opération coordonnée par Bruss’help, en partenariat avec Vivalis et le CHU Saint Pierre, notamment, et qui se déroule dans le Médibus de Médecins du Monde.
Si la vaccination contre la diphtérie fait partie du calendrier vaccinal pour les nouveaux-nés, avec des rappels réguliers pendant l’enfance et l’âge adulte, elle n’a toutefois pas disparu. Les personnes sans abri et/ou exclues du système de santé classique ont en effet souvent une couverture vaccinale incomplète et se retrouvent dans l’angle mort des politiques préventives de santé.
Après six cas confirmés de diphtérie cutanée dans le secteur de Bruxelles Midi, une réunion avec les acteurs du sans-abrisme bruxellois a permis de débloquer environ 200 vaccins pour lancer une vaste campagne de vaccination dans un rayon de 500 mètres autour de la gare.
L’objectif ? Vacciner principalement les personnes présentant des plaies mais aussi celles utilisant des produits injectables.
“Il y a deux types d’espaces de vaccination : les espaces fixes et les espaces mobiles. Pour les espaces mobiles, l’idée est d’amener les personnes directement à la vaccination, grâce aux équipes de maraude du Samusocial notamment.” explique Raphaël Delhalle, chargé d’accompagnement médical Urgence Sociale. Cette campagne de sensibilisation et de prévention a fait ses preuves : en quatre semaines, 86 personnes ont été vaccinées, dont 60 dans les dispositifs mobiles.
L’union fait la force
Au-delà du cri d’alarme lancé par les acteurs de terrain face à la propagation de la diphtérie cutanée parmi les personnes sans abri, c’est toute une coopération qui s’est construite au sein du secteur. Du CHU Saint-Pierre aux différents partenaires, les organisations se sont relayées pour assurer le bon fonctionnement de la campagne. “La collecte et le retour des vaccins au CHU Saint Pierre ont été assurés par les équipes du Samusocial. C’est le rôle qui nous a été assigné en plus d’un renfort-maraude, car nos équipes connaissent bien le public, que nous avons pu sensibiliser et accompagner jusqu’aux lieux de vaccination” (Le Médibus et le bus prévention de la Commune d’Anderlecht, ndlr) “Finalement, certaines de nos infirmières des équipes mobiles ont pu apporter un renfort à la vaccination, et elles l’ont fait avec plaisir.”
Cette entraide est nécessaire face aux enjeux qu’engendrent la multiplication des cas. “L’un des défis principaux reste la logistique de cette campagne. Cela nécessite une grande organisation parce qu’il faut conserver la chaîne du froid du vaccin.” poursuit Raphaël. Mais la difficulté réside aussi dans le diagnostic de la diphtérie cutanée afin d’éviter sa propagation. Les plaies provoquées ne sont pas spécifiques à cette bactérie : elles sont semblables à celles causées par certaines dermatoses ou encore par des punaises de lits, des phénomènes fréquents chez les personnes sans abri.
Sur le terrain, la sensibilisation reste aussi complexe. Les équipes de maraudes doivent créer un lien de confiance avec les bénéficiaires, expliquer les risques liés à la maladie et tenter d’atténuer la méfiance de nombreuses personnes vis-à-vis des vaccins.
Avec le Médibus
Le Médibus accueille de nombreuses personnes sans abri venues se faire soigner ou simplement partager un café chaud avec les équipes sur place. Chaque soir, trois équipes se forment : deux partent en maraude, l’autre reste au Médibus pour accueillir les nouveaux arrivant·es, prodiguer les soins et vacciner.
Du côté des maraudes, un travailleur des équipes mobiles d’aide du Samusocial fait équipe avec un bénévole de Médecins du Monde pour arpenter la gare et ses alentours. Ensemble, ils vont à la rencontre des bénéficiaires et, au détour d’un échange ou d’une distribution de boissons chaudes et de couvertures, signalent la présence du Médibus et l’opportunité de se faire vacciner. Quelques personnes acceptent de les suivre. Mais la plupart refusent : certain·es ont déjà eu leur dose de vaccin dans les semaines précédentes, d’autres ne souhaitent tout simplement pas se faire vacciner.
Chaque soir, autour du Médibus, l’affluence grandit petit à petit. Sous la tente installée à proximité, sept personnes en moyenne reçoivent leur vaccin. Un chiffre modeste en apparence, mais qui illustre l’ampleur du travail de terrain nécessaire pour atteindre un public parfois trop éloigné des structures de soins.
Au vu du succès et de la nécessité de l’opération, des discussions sont en cours afin de poursuivre cette campagne de vaccination dans une seconde phase, notamment dans les centres d’accueil d’urgence du Samusocial.
Copyright : Olivier Papegnies/Médecins du Monde