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Samusocial

“Bruxelles, l’hiver et les visages invisibles de la rue”

27/01/2026

Un billet rédigé par Vincent Manteca, responsable des équipes mobiles d’aide du Samusocial

Hier soir, en sortant du métro à la gare du Midi, nos équipes ont croisé une femme assise sur un carton, les bras serrés autour d’un petit garçon endormi. À leurs pieds, une poussette vide, quelques sacs, une couverture trop fine. Elle murmurait à son fils des promesses qu’elle savait sans doute impossibles à tenir : qu’ils auraient bientôt chaud, qu’ils trouveraient un endroit pour dormir, pour manger. Un abri.
Après un ravitaillement offert par nos équipes mobiles d’aide, quelques échanges, des conseils et un rendez-vous fixé pour le lendemain, nous avons dû repartir, faute de solution d’orientation et un manque de places disponibles dans nos centres.

À Bruxelles aujourd’hui, près de 10.000 personnes vivent sans chez-soi. Parmi elles, près de 1.000 dorment dans la rue, dans les gares, les parcs ou les entrées d’immeubles. D’autres squattent des bâtiments ou errent de connaissances en connaissances; épuisant rapidement leur réseau personnel. En deux ans, leur nombre a augmenté de 25 %, selon Bruss’Help.

De plus en plus souvent, ces visages sont ceux de femmes et d’enfants : 1.991 femmes et 1.678 mineurs ont été recensés en 2024, presque le double d’il y a deux ans. Pourtant, on les croise rarement. Ces familles se cachent chez des proches, dans des logements insalubres ou dans des tentes dissimulées à la population. Leur invisibilité peut les protéger  des dangers de la rue, mais les prive aussi d’aide et de reconnaissance ou les condamne parfois à rester seules, sous la coupe d’un conjoint violent.

Derrière ces chiffres, il y a des parcours de vie brisés : des séparations, des violences conjugales, des pertes d’emploi, des expulsions. Pour beaucoup de femmes, la rue est à la fois le dernier refuge et le lieu de tous les dangers. Elles veillent la nuit, dorment par fragments, redoutent les agressions, les regards, expérimentent la honte.

Un contexte bruxellois de plus en plus précaire

Bruxelles concentre les contrastes : une capitale riche, mais où la pauvreté s’étend. Les loyers y sont parmi les plus élevés du pays, les logements sociaux saturés, les listes d’attente interminables. Une facture impayée, une séparation, un titre de séjour incertain suffisent à tout faire basculer. Certaines personnes travaillent, mais ne gagnent pas assez pour se loger. D’autres n’ont plus accès aux aides, faute d’adresse ou de statut administratif clair.

Bruxelles est le lieu où se concentrent à la fois les services de l’État en charge de l’asile et les associations qui soutiennent les habitants de la rue. Tous ces éléments se conjuguent pour faire de notre région un ” pôle d’attractivité ” pour les habitants de la rue. Les dispositifs d’hébergement font ce qu’ils peuvent, mais sont débordés. Et même quand une place se libère, elle ne garantit parfois rien de durable : quelques nuits de répit avant de devoir repartir. La rue, souvent, finit par redevenir la seule option.

 Comme tous les évènements climatiques, (canicule ou grand froid,)  l’hiver rend plus aigüe chaque problématique, le froid et la promiscuité dans les abris exacerbent toutes les problématiques : maladies respiratoires, hypothermie, fatigue, désespoir. L’augmentation des moyens en cette période compense mal l’augmentation des demandes d’aide formulées par une population qui arrivait à se débrouiller dans des conditions climatiques acceptables, mais démunie face aux intempéries ou à la chute des températures. 

Ainsi, quitter la rue est un parcours d’obstacles. Il manque des logements accessibles, les démarches administratives sont longues et complexes, et les problèmes de santé mentale ou d’addiction freinent les projets de réinsertion. Pour les femmes, s’ajoute encore la peur : peur d’être jugée, peur de perdre la garde d’un enfant, peur de ne pas être crue, peur de l’agression qui peut arriver partout , tout le temps.

Bruxelles abrite pourtant une énergie de solidarité formidable : des associations, des bénévoles, des citoyens qui refusent de détourner le regard. Mais sans moyens suffisants, ces efforts restent des gouttes d’eau dans un océan de besoins.

Donc, chaque euro compte. Un repas chaud, une nuit à l’abri, une permanence sociale, ce ne sont pas qu’une aide matérielle, c’est avant tout une promesse d’humanité. C’est permettre à une femme et à son enfant de dormir sans peur. C’est offrir à un homme seul la possibilité de reprendre pied.

Parce qu’à Bruxelles, en 2025, personne ne devrait encore dormir dehors.
Parce qu’un chiffre cache toujours une histoire et un visage.
Et que votre geste peut, simplement, changer une vie.

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