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Samusocial

Cuisiner, écouter, consoler : Hanane, intendante auprès des Menas à la Maison Alif

09/02/2026

Depuis plusieurs années, la présence de MENA en situation de grande précarité ne cesse d’augmenter à Bruxelles. Souvent confrontés à des troubles psychiques, des addictions et un isolement profond, ces jeunes restent en marge des dispositifs d’aide. Bien qu’ils aient droit à une protection et que Fedasil soit mandaté pour les accueillir, leur prise en charge demeure particulièrement complexe. Plus d’infos : ici

Chaque matin, à 9h30, Hanane franchit la porte de la Maison Alif*. Depuis deux mois, elle est l’intendante de ce centre d’hébergement pour jeunes MENA (Mineurs Étrangers Non Accompagnés), dits « en errance ». Ces adolescents, majoritairement originaires du Maghreb, portent déjà un lourd passé sur les épaules malgré leur jeune âge. À 14 ou 15 ans, ils ont connu l’exil, la rue, et souvent la violence qui l’accompagne. Mais à la Maison Alif, ils trouvent plus qu’un toit : ils trouvent un foyer. Et au cœur de ce foyer, il y a Hanane, intendante de maison.

Bien avant que la maisonnée ne s’anime, Hanane est déjà en cuisine, les mains dans les légumes, l’esprit tourné vers le bien-être des jeunes. Préparer le repas du midi, nettoyer, plier le linge ou les aider à faire leur lessive… tout cela lui semble naturel. « J’ai quatre enfants. Et ici, les jeunes, ce sont comme mes enfants. Je fais les choses comme si j’étais chez moi », confie-t-elle.

Mais son rôle dépasse largement les tâches ménagères. Hanane incarne une présence stable, chaleureuse, rassurante. Une figure maternelle, souvent la première à qui les jeunes osent parler.

Tisser la confiance, jour après jour

Au fil des repas partagés et des discussions spontanées, une relation de confiance s’installe. Les jeunes viennent à elle quand ça ne va pas, quand les mots ont besoin de sortir. « Parfois, ils me confient des choses qu’ils ne diraient pas aux autres travailleur·euses. Ils savent que je suis là. Si quelqu’un a besoin de pleurer ou simplement d’un câlin, il vient vers moi. »

Cette proximité est précieuse et permet souvent de dénouer les premiers fils d’une histoire douloureuse. Hanane ne garde pas ces confidences pour elle : elle les transmet aux psychologues ou aux éducateur·rices du Samusocial. « Je fais une sorte de relais, pour que les jeunes puissent être accompagnés au mieux. » 

De la rue à la chaleur d’un foyer

Le lien qu’Hanane crée passe aussi, et peut-être surtout, par la cuisine. Elle connaît les goûts de ces jeunes, leur culture, leurs habitudes. D’origine marocaine, elle parle leur langue, elle cuisine leurs plats. Ses tajines, ses crêpes marocaines, ses gâteaux de l’Aïd sont autant de madeleines de Proust pour des enfants déracinés. « Parfois, ils ne veulent même plus sortir parce qu’ils retrouvent ici cette chaleur familiale. »

Et ils participent volontiers. Ils cuisinent avec elle, rangent, s’investissent. « Ils ne m’ont jamais refusé leur aide. On a une très belle relation. »

Elle se souvient, émue, de ce jeune garçon arrivé trempé un jour de pluie, après deux jours de route depuis l’Espagne. Il avait 14 ans. Il ne tenait plus debout. « J’ai pleuré en le voyant. Je suis restée plus tard que prévu ce jour-là pour lui préparer un repas chaud et lui trouver des vêtements secs. Le lendemain, il m’a remerciée, les larmes aux yeux. Il m’a dit : “Tu es comme une maman pour moi, merci”. »

Ce mot, « maman », revient souvent. Et Hanane l’incarne pleinement. « Je suis mère. Et quand je les regarde, je vois mes enfants. Je ne peux pas imaginer mon fils dans cette situation. Alors je m’occupe d’eux comme si c’étaient les miens. »

Changer de regard : ‘ce sont des enfants avant tout’ 

Comme beaucoup, Hanane avait, au départ, une image parfois stéréotypée des jeunes MENA. Mais très vite, le contact humain a balayé les préjugés. « Après quinze jours, j’étais choquée de voir des jeunes dans un tel état. Puis j’ai pris le temps de les écouter. Et là, on comprend. »

Elle évoque ce garçon de 13 ans, particulièrement violent au début. Un jour, il a fini par se confier. Derrière sa colère, il y avait un vécu insoutenable. « Quand on prend le temps de parler avec eux, de s’intéresser vraiment à leur histoire, notre regard change. Ce sont des enfants, avant tout. »

Un lieu pour se reconstruire

À la Maison Alif, les jeunes peuvent séjourner jusqu’à six mois. Certains repartent vers d’autres horizons, parfois reviennent après des tentatives infructueuses ailleurs. Durant leur séjour, ils sont accompagnés par les travailleur·euses du Samusocial, qui leur offrent un cadre structurant et bienveillant. Sorties à la plage, cinéma, piscine… l’équipe veille à leur offrir des moments de répit et de simplicité.

Pendant ce temps, Hanane continue de cuisiner, d’écouter, de consoler. Par sa présence, elle redonne chaleur et dignité à ces jeunes que la vie a trop tôt mis à l’épreuve.

Hanane s’apprête à repartir en cuisine. Aujourd’hui, ce sera un tajine.

*  Le centre a été baptisé ‘Maison Alif : Alif est la 1re lettre de l’alphabet arabe et représente le calame, soit le roseau taillé en pointe utilisé pour l’écriture. En numérologie, la valeur de la lettre Alif est le Un. Ses équivalents sont l’alef araméen, l’alef hébreu et l’alf phénicien qui donne l’alpha en grec. Ce nom fait écho à l’essor de ce dispositif novateur, qui, nous l’espérons, sera le début d’une longue et belle histoire co-écrite avec et pour ces jeunes.

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