“Donner les clés, ne pas porter la charge” – Le quotidien d’Émie, travailleuse sociale
24/09/2025
À Evere, au centre d’accueil d’urgence pour familles du Samusocial, on ne fait pas que ‘mettre à l’abri’. On écoute, on accompagne, on construit des parcours, souvent dans l’urgence, toujours dans l’humain. Hier soir, 280 personnes y ont dormi. Parmi elles, 14 % étaient des nourrissons, et pas moins de 20 bébés de moins d’un an ont passé la nuit au centre.
Émie est embauchée au Samusocial en 2017, “pour un hiver”. Sept ans plus tard, elle est toujours là. Et si elle est restée, c’est parce que, selon ses mots, “ça faisait sens”.
“Je travaillais déjà avec des publics précaires, beaucoup de sans-abris. J’ai commencé pour une mission hivernale, puis une deuxième. J’ai fait un peu de tout : la régulation téléphonique, les maraudes… . C’était varié, vivant, formateur.”
Aujourd’hui, elle est travailleuse sociale au centre pour familles d’Evere, un lieu que le Samusocial a récemment investi pour accueillir ce public vulnérable, dans des conditions bien plus qualitatives qu’auparavant : “Ici, les familles ont leur propre salle de bain et toilettes. Ça change tout.”
Mais avec l’explosion des demandes, l’urgence se normalise, et la mission initiale du Samusocial – la mise à l’abri temporaire – se complexifie. “Les secondes lignes sont bouchées. Il n’y a plus de logements de transit, très peu de solutions communes. Nous, on est censés faire de l’urgence. Mais quand tout est urgent, comment hiérarchiser ?”
Alors, le travail social se transforme. Il faut accompagner plus loin, plus longtemps. Monter des dossiers, chercher des issues administratives, médicales, juridiques. Et parfois… rester sans solution. “On ne peut pas accueillir tout le monde. Il y a des critères de vulnérabilité, et parfois on doit annoncer des fins d’hébergement. C’est dur, surtout quand il y a des enfants. Ces enfants n’ont rien demandé.”
Malgré tout, Émie tient. Grâce à ses collègues, à l’organisation en binômes, aux débriefs quotidiens. Grâce aussi à une philosophie claire : donner des clés, ne pas porter la charge. “On ne peut pas sauver les gens malgré eux. On leur donne les outils, on est là pour écouter, orienter, accompagner. Mais on ne peut pas faire à leur place.”
Et dans ce quotidien parfois écrasant, les enfants restent des moteurs. “Ils amènent de la joie dans les couloirs. Ils méritent d’avoir les mêmes chances que les autres gamins.”

© Kristof Vadino