Entre urgences médicales et contact humain : immersion au cœur des équipes mobiles du Samusocial
08/04/2026
Il est 9h30 ce jeudi, lorsque je franchis les portes du centre d’accueil pour hommes isolés du Boulevard Poincaré. Le froid extérieur s’engouffre avec moi par la porte principale que je referme aussitôt. Un ascenseur menaçant m’emmène au 7eme étage, dans le bureau des équipes de maraude du Samusocial : ce matin, je ferai équipe avec Christelle, infirmière, et Amélia, assistante sociale.
Nous rejoignons le stock : vêtements, sacs de couchage et un peu de nourriture… on emporte quelques indispensables.
Nous prenons la route. Premier stop : nous rendons visite à un homme dans une station de métro. Il a besoin d’aide pour sa carte de santé. Malheureusement, lorsque nous arrivons, il semble endormi. Nous ne le réveillons donc pas, le sommeil étant bien trop difficile à trouver en rue. Mais alors que nous quittons la station, une femme nous interpelle : elle aurait vu un jeune homme très affaibli dormir dehors depuis quelques jours, à côté de la station Roi Baudouin. Ce sera donc notre prochaine destination.
L’Atomium se dresse au loin alors que nous nous garons sur le côté de la route. En face, allongé près d’un lampadaire, un homme est emmitouflé sous ses couvertures. Le contact s’avère difficile, il ne semble pas vouloir nous répondre et feint de dormir. Nous lui laissons un petit ravitaillement composé d’une bouteille d’eau et d’une boîte de thon, sans oublier la carte du Samusocial avec le numéro d’urgence : 0800 99 340.
Christelle et Amélia décident de se rendre gare du Midi pour une femme bien connue des équipes : elle souffre de plaies aux jambes. Elle a sûrement besoin d’un nouveau pansement, mais récemment, sa méfiance l’a poussée à refuser une prise en charge médicale plus poussée. Madame ne reçoit pas seulement la visite du Samusocial. À cet instant, nous recevons un appel d’une équipe d’Infirmiers De Rues, qui se trouve justement sur place : elle refuse d’être prise en charge à l’hôpital et exprime sa colère. L’équipe de l’organisation partenaire sollicite notre aide. Christelle conseille d’appeler une ambulance afin que nous arrivions au même moment… Mais c’était sans compter le trafic dense des rues de Bruxelles et l’absence de gyrophare sur la camionnette.
Nous arrivons enfin à la gare. L’examen ne laisse plus aucun doute sur l’état de santé de Madame. Son cœur bat très vite et elle s’essouffle au moindre mouvement. Elle doit donc être prise en charge rapidement. Après quelques minutes de négociations, elle accepte enfin de suivre les ambulanciers, abandonnant ses affaires dans la gare. Se pose ici la délicate question du stockage des effets personnels des personnes sans abri : si le Samusocial propose des consignes aux personnes accueillies en ses murs, difficile voire impossible de faire de même avec les personnes qui ne passeront sans doute pas la nuit en centre d’accueil.
Nous poursuivons notre tour dans la gare. Une jeune femme est assise non loin, emmitouflée dans ses couvertures, les joues creusées et le regard las. La communication est difficile, elle ne parle pas français et connaît le Samusocial seulement de nom. Nous parvenons tout de même à la convaincre de nous suivre jusqu’à la camionnette pour lui donner des vêtements, des produits d’hygiène et de la nourriture. Nous avons donc réussi à établir un premier contact, mais cela sera-t-il suffisant pour lui proposer des solutions adaptées à sa situation?
C’est déjà l’après-midi. Je repars cette fois avec Robin et Sabrine, psychologue et infirmière. Direction le Parc des Etangs d’Anderlecht, où des tentes nous ont été signalées. Samir, que l’équipe connaît, est présent. Pas très loquace, il nous annonce pourtant une bonne nouvelle : il visitera un logement la semaine prochaine.
Nous repartons pour retrouver une famille bien connue des équipes. Leur préfabriqué et autres abris de fortune sont posés là, sous un pont. À peine sortis du véhicule, les deux garçons nous sautent dans les bras tandis que la mère et ses deux filles nous saluent timidement. La distribution des ravitaillements se déroule dans la bonne humeur : les enfants continuent de jouer sur le côté tandis que leur mère multiplie les remerciements.
Prochain arrêt : un couple vivant dans une station de métro depuis plusieurs années. À peine arrivés, Sabrine se retrouve dans les bras de la femme. Elle l’attendait de pied ferme pour lui raconter ses derniers problèmes cardiaques l’ayant conduite à l’hôpital. Elle a bon espoir, sur cette base, d’obtenir une place au sein du centre médicalisé du Samusocial…
La journée se termine, non sans une dernière visite à une personne bien connue de Robin. Nous le trouvons assis par terre, près d’un feu pour piétons. Si la plupart des passants ne lui prêtent pas attention, il se tient pourtant là, souriant. Ses mains et son visage montrent la fatigue des nombreux mois passés en rue. Son corps est quant à lui affaibli par le manque de nourriture. Pourtant, ce n’est pas pour cela qu’il nous attend, mais simplement pour discuter cinq minutes autour d’un café. Le contact humain : voici ce qui lui manque le plus.