Être un enfant et vivre en centre d’accueil : grandir dans l’urgence
10/12/2025
« Quand il y a des amis qui déménagent, il y a d’autres amis qui viennent et prennent leur place. » Kelly a 5 ans. Elle vit avec sa maman dans un centre d’hébergement d’urgence du Samusocial. Son quotidien, c’est une chambre partagée, des repas imposés, peu d’intimité, des jeux parfois absents. À son âge, elle observe, retient, comprend à sa façon. Ce qu’elle décrit, c’est l’instabilité.
Aujourd’hui à Bruxelles, près d’une personne hébergée sur quatre au Samusocial est un enfant. En 2024, nous en avons accueilli plus de 2 000. Certains sont nés ici, d’autres ont fui la violence ou la guerre. Tous ont en commun de vivre dans une forme de précarité invisible qui fragilise les repères essentiels à leur développement.
Nos centres offrent un abri, un soutien, une protection. Mais ils n’ont pas été pensés pour être des lieux où les enfants grandissent. Les chambres sont souvent petites ; il arrive que deux familles monoparentales partagent le même espace, avec toutes les tensions que cela peut générer. Les adolescent·es, en quête d’autonomie, peinent à trouver un coin à elles/eux. Les plus jeunes n’ont pas toujours accès à une crèche, faute de place ou d’adresse fixe. Et dans ce quotidien fragmenté, les rituels familiaux — un bain du soir, un repas préparé par un parent, un goûter partagé — sont difficiles à préserver.
Sofia, 9 ans, en témoigne : « J’aime pas la nourriture. En fait, j’aime que les spaghettis et les lasagnes. Et les poissons. Ma mère, à ma maison, elle préparait à manger marocain, et moi j’aime trop manger marocain et tout ça. » Les repas collectifs ne tiennent pas toujours compte des habitudes culturelles ou des goûts des enfants, et les goûters, pourtant essentiels dans leur rythme quotidien, ne font l’objet d’aucun financement structurel. Chaque année, le Samusocial doit couvrir seul ces frais, comme dans son centre d’accueil d’urgence pour familles, où plus de 25 000 € sont consacrés aux goûters.
L’urgence ne peut pas être une réponse durable. Les enfants ont besoin d’espaces pensés pour eux : chambres adaptées, salles de jeux, cuisines familiales, coins repas conviviaux, salles de bain pour les plus jeunes. Ils ont besoin que leur santé physique et mentale soit prise en compte, avec des budgets dédiés pour le suivi médical, l’orientation scolaire, les écoles des devoirs.
Reconnaître leurs droits, c’est aussi adapter l’hébergement et l’accompagnement à leurs besoins spécifiques. Parce que, même en centre, un enfant devrait pouvoir rester… un enfant.