Jean : “Ici, je me sens en sécurité. On est loin des injustices ou de la corruption qu’il y a dans mon pays”
18/06/2026
Jean vient du Burundi, où il était responsable transports au sein d’un ministère : un bon poste, des responsabilités et une situation familiale stable. Puis tout bascule. Le gouvernement burundais change suite aux élections de 2020, et une chasse à l’opposition au gouvernement commence. Jean se retrouve licencié de son travail et persécuté par la police.
Après quelques jours en prison, il est libéré mais ses biens lui sont confisqués. Commence alors son périple vers la Belgique : avec un Visa en poche, il fuit vers l’Ethiopie puis la Serbie, la Bosnie, la Croatie, la Slovénie, l’Italie, la France et finalement la Belgique. Entretemps, sa famille, restée au pays, est à son tour convoquée par le procureur de justice : il impose à la femme de Jean de le retrouver dans les quinze jours qui suivent, une tâche impossible car elle-même ne sait pas où se trouve son mari. La violence tombe sur cette famille et la plus petite des filles de Jean est battue par les milices. À leur tour, la femme de Jean et ses trois filles fuient vers une autre province pour se protéger durant trois mois avant de revenir dans la capitale et de s’y cacher.
De son côté, Jean fait les démarches pour obtenir la protection internationale. Il réunit toutes les preuves afin de les mettre à disposition des autorités belges. Sa demande est rapidement acceptée, lui permettant d’entamer une procédure de regroupement familial qui dure plusieurs mois. Puis vient le soulagement : sa femme et ses trois filles le rejoignent, ils peuvent finalement essayer de se reconstruire ici, en Belgique.
Un nouveau départ dans le projet ELAN
Après un court séjour dans l’un de nos centres d’accueil d’urgence pour les familles, Jean et les siens sont hébergés depuis trois mois, au sein du dispositif ELAN du Samusocial, un projet de logement de transit pour des familles relativement autonomes. Ils sont accompagnés dans la recherche d’un logement durable par les équipes sur place. “Lorsque nous étions dans le centre précédent, l’assistante sociale nous aidait à chercher parmi les maisons sociales et les foyers. Et lorsque l’on est arrivés ici, c’est Coline qui a pris le relais. Elle nous aide tous les jours. D’ailleurs elle vient de m’envoyer des nouvelles annonces de logement.” explique Jean.
Mais les difficultés sont nombreuses. Entre les loyers élevés, la discrimination, la difficulté de trouver un logement adapté pour une famille avec trois enfants et le manque de ressources financières, la recherche devient un vrai casse-tête. “À un moment nous allons nous en sortir. Il faut rester courageux, au moins pour les petites.”
La recherche de logement est synonyme de recherche de travail pour Jean. Aujourd’hui, sa femme suit des formations pour trouver plus facilement un emploi mais pour lui, cela est plus compliqué. Il y a quelques mois, il travaillait au CPAS sous contrat ‘article 60’, mais ce dernier a pris fin à cause d’un manque de financements. “J’aimais bien ce que je faisais. Et ils voulaient me garder car je faisais bien mon travail. Mais ils n’ont pas eu d’autre choix que de me laisser partir. C’est dommage.”
Beaucoup d’espoir pour l’avenir
Ce sont ses enfants qui lui donnent de l’espoir. Ses filles sont toutes scolarisées au sein du système belge et réussissent à l’école. “Quand les filles vont à l’école et qu’elles ont de bons résultats, ça me donne de l’espoir pour l’avenir. Ici, elles pourront faire de bonnes études et être en sécurité.” Les moments passés en famille sont précieux pour ce papa, si longtemps séparé des siens. Au sein du projet ELAN, dans leur logement modulaire, cette famille peut avoir un semblant de vie normale, loin de l’urgence sociale : ils partagent des repas, participent aux activités proposées par la commune ou par le dispositif, et surtout, ils se sentent en sécurité. “On est loin des injustices ou de la corruption qu’il y a dans mon pays.”
“Le Samusocial c’est aussi beaucoup d’amour. Les assistant·es sociaux·ales sont toujours présent·es. Par exemple, lorsque ma fille de 7 ans est tombée gravement malade, personne n’a regardé si j’avais assez d’argent pour la soigner ou pas. Ils se sont chargés de tout, comme d’appeler la camionnette pour aller à l’hôpital.”.
Et les rencontres faites avec les autres familles hébergées au Samusocial ont marquées Jean. Au sein du premier centre d’accueil par lequel ils sont passés, Jean et sa famille avaient fait la connaissance d’une maman et de ses enfants, devenus des amis depuis. Ces derniers ont finalement réussi à être relogés et à avancer dans leurs parcours de vie. “Lorsque nous sommes ensemble, tous les cinq, on sait que dans l’avenir ça ira mieux”.