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Samusocial

Dispositif d’urgence pour personnes sans-abri

Une soirée avec la maraude de nuit…suivez-nous!

18/02/2019

(Un reportage réalisé et écrit par Alexandre Christoffel, stagiaire Communication)

Nous nous dirigeons vers la zone industrielle de Bruxelles. La température n’est pas clémente et le gel proche. La camionnette du Samusocial traverse la nuit, coupant l’obscurité de ses phares. Nous sommes à la recherche de Jean. Jean est connu des services du Samusocial depuis quelques temps. Régulièrement, la Maraude vient voir comment il se porte.

Nous arrivons dans un petit parc, oasis de verdure au milieu de la jungle de bitume qui nous entoure. L’herbe est imprégnée d’eau, rendant le sol boueux et notre progression plus compliquée. Nous finissons par arriver à l’emplacement habituel de la tente de Jean. Mais une mauvaise surprise nous attend : la tente est vide et semble même n’avoir abrité personne depuis un moment.

Les maraudeurs regardent autour d’eux l’air inquiet, il n’est pas dans les habitudes de Jean de laisser son habitat sans surveillance. C’est alors que nous apercevons, une dizaine de mètres plus loin, une bien plus grosse tente, bleue azur. La première fait pâle figure face à celle-ci. Nous nous approchons et appelons Jean.

« J’arrive, j’arrive, restez là, », nous répond une voix forte à l’intérieur. Au même instant, deux chiens se mettent à aboyer avec force et une silhouette noire (un chat, sans doute), s’exfiltre en vitesse de la tente.

Puis c’est au tour de Jean de sortir de son refuge. Il a la soixantaine, est massif et costaud, mais  le plus marquant est son visage bienveillant. Une certaine bonhomie se dégage de lui…l’homme inspire immédiatement confiance. Nous commençons à discuter avec lui, un peu comme si l’on rencontrait une vieille connaissance dans la rue.
Jean n’a pas un besoin urgent de l’aide matérielle que peut apporter le Samusocial :  il chauffe sa tente au pétrole, a des vêtements, se lave occasionnellement, bref, s’en sort plutôt bien.  Non, le besoin de Jean est autre, mais tout aussi primordial : un contact humain, vrai, un échange d’égal à égal. Alors nous discutons tous ensemble. 

Jean adore cuisiner et lire. C’est ce qui lui manque le plus dans la perte de son domicile. Hier, il a réussi à rassembler les ingrédients nécessaires pour cuisiner un spaghetti bolognaise, chose qu’il n’avait pas faite depuis longtemps. Et qui lui a visiblement fait énormément plaisir.  Quant aux livres, Jean doit se contenter du minimum : les ouvrages sont difficiles à trouver et à garder dans la tente.

Jean n’a pas toujours été une personne sans abri. Comme beaucoup il s’est retrouvé par malchance dans une situation compliquée, qui a dégénéré et a fini par lui faire perdre son domicile. Pourtant, il travaille, gagne un salaire. Mais c’est un cercle vicieux. Malgré tous ses efforts, il déclare qu’il ne peut économiser suffisamment pour pouvoir se payer un logement.

Aller en centre d’accueil lui semble inconcevable, ne serait-ce que pour rester avec ses deux chiens et son chat.* Il ne les abandonnera pas, hors de question. Ses amis l’aident de temps en temps, l’amènent en voiture là où il doit aller ou lui apportent ce dont il a besoin. Alors il reste là, admets que ce n’est pas la vie qu’il aurait voulue mais que les choses pourraient être pires. Car Jean est un optimiste dans l’âme, il respire une joie de vivre communicative. Il fait des blagues, nous parle de la vie au jour le jour. Il semble être apprécié du voisinage, que ce soit des habitants ou de la police de quartier. Alors que nous nous apprêtons à nous en aller, Jean pousse la chansonnette…La camionnette redémarre, l’esprit de ses occupants plus léger.

Les travailleurs prévoient maintenant de répondre à un signalement, mais avant cela, ils tiennent à rendre visite à une autre personne sans abri connue, qui pourrait se trouver sur leur parcours : un « cas-psy », comme on dit dans le jargon Samusocial, qui vit sous un pont à Anderlecht.
Le véhicule s’arrête. L’ambiance joyeuse retombe comme un soufflé. L’endroit est glauque à souhait. Là est installée une tente, mais pas seulement. Au mur, des articles de journaux grivois sont collés. Un soutien-gorge est attaché à un bâton planté verticalement, faisant office de drapeau. Le tout forme un tableau inquiétant et malgré nos appels, personne ne répond ou ne sort de la tente. Nous repartons alors penauds, l’esprit cette fois plus troublé qu’autre chose… Rouler avec la Maraude implique des changements d’ambiance et d’émotions soudains.

 

Nous roulons à nouveau vers la ville, à la recherche du précédent signalement.  Nous ne tardons pas à apercevoir l’homme. Il s’avance, l’air furieux. Il commence à crier. Il nous faut trente secondes avant de nous rendre compte que sa rage ne nous est absolument pas destinée. Non, il a prêté de l’argent à sa femme et il semblerait qu’elle ait décidé de le dépenser dans des jeux d’argent. Marc est hors de lui, et il nous faut cinq à dix minutes pour le calmer. Avec tact, humour et subtilité, les travailleurs de la Maraude arrivent à désamorcer la situation.

Marc a lui aussi la soixantaine mais a l’air bien moins en forme que Jean. L’alcool a abîmé son visage : il est rougeaud et bouffi. Ses chevilles présentent les mêmes symptômes, mais pour une raison inconnue. Les travailleurs essaient de le ramener au centre pour un diagnostic mais l’horaire ne convient pas à Marc : il nous explique qu’il squatte la banque à côté de laquelle nous nous sommes arrêtés ; Il aurait fait un marché avec le directeur : en échange d’un nettoyage au matin et d’une surveillance la nuit, il est autorisé à passer la nuit dans le bâtiment.

Il est 1h du matin.  L’équipe mobile du Samusocial continuera sa maraude une bonne partie de la nuit, à la recherche des personnes les plus désocialisées et fragiles, qui souvent, comme Marc et Jean, ne souhaitent pas venir dormir en centre d’accueil, et nécessitent donc une vigilance accrue.

*Les animaux ne peuvent en effet accompagner leurs maîtres dans les chambres de nos centres. Ils peuvent toutefois être accueillis et placés dans un espace séparé à l’intérieur de nos centres.

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