Mohammed, agent d’entretien en chef : “Il faut que le regard change, ça doit devenir un métier respecté.”
31/03/2026
Assurer la propreté d’un centre d’hébergement de près de 300 personnes sans abri pourrait rimer avec ‘mission impossible’. Cela a d’ailleurs longtemps été le cas dans notre centre d’accueil pour hommes seuls ‘Poincaré’. Mais depuis que Mohammed a endossé la fonction d’’agent d’entretien en chef’, avec 6 personnes dans son équipe, ‘impossible’ n’est plus français.
Quand on lui demande ce qu’il préfère dans son métier, Mohammed n’hésite pas une seconde et répond avec un grand sourire, “la propreté bien sûr !” Il est agent d’entretien en chef, le seul ayant cette fonction au Samusocial, qui compte pourtant 15 centres et dispositifs. Et ce n’est pas pour rien : le centre d’accueil ‘Poincaré’ fait partie des plus grands du Samusocial : il accueille près de 300 hommes seuls en situation de grande précarité simultanément, avec un turn-over important. Y maintenir un niveau de propreté minimal est un véritable challenge.
Arrivé au printemps 2025, les trois premiers mois de Mohammed ont été les plus intenses. “Quand je suis arrivé, c’était très sale. Nous avons dû redoubler d’efforts avec l’équipe : j’ai planifié de nombreuses réunions pour réorganiser le travail.”
De nouvelles méthodes de travail et un cadre plus strict
Après avoir passé dix-sept ans dans le secteur privé des hôtels, Mohammed s’est ainsi retrouvé propulsé en première ligne de l’entretien du plus grand centre d’‘Urgence Sociale’ du Samusocial.. Pourtant, cela ne l’a pas freiné dans sa mission. Il apporte à l’équipe chargée de l’entretien une expérience précieuse mais aussi des aspects plus techniques du métier : les mélanges de produits, l’utilisation des machines d’entretien, l’efficacité et la rigueur. “Avant, j’étais dans une structure plus grande, beaucoup plus stricte et avec une équipe bien plus nombreuse. Alors ici, ça va.” s’amuse-t-il.
Au-delà des pratiques de travail, Mohammed a aussi amené un nouvel état d’esprit dans l’équipe d’entretien du centre. “Je prends le temps qu’il faut pour que ce soit propre : s’il faut faire des heures supplémentaires, alors j’en fais.” Et cela se remarque. Durant les trois premiers mois, Mohammed a tout fait pour rattraper l’éventuel retard du grand nettoyage : entre strict suivi des stocks et heures passées à nettoyer lui-même le centre, son engagement est resté sans faille.
Pourtant, le centre ‘Poincaré’ demeure le plus exposé aux crises liées à l’hygiène et aux nuisibles. “Les punaises de lit et l’hygiène sont liées. On n’arrivera pas à éradiquer le problème des nuisibles tant que la propreté ne sera pas garantie.” affirme Mohammed. Les chambres infestées sont par ailleurs préparées par les équipes de nettoyage en vue du traitement anti-punaises, réalisé par des équipes spécialisées.
Un métier trop peu visible…
Malgré tous ses efforts, Mohammed regrette le regard extérieur porté sur son métier. “Beaucoup pensent que c’est un métier négligeable alors que tout le monde en a besoin. Sans nous, tout est sale.” C’est vrai, le centre est devenu plus propre, plus agréable pour les hébergés.
“Il faut que le regard change, ça doit devenir un métier respecté.” Le respect : voilà ce qu’il demande. Car c’est réellement ce qu’il manque à sa profession.
Aujourd’hui, Mohammed se dit fier de son métier : “Mon moteur, c’est la propreté, alors je me sens vraiment utile au Samusocial. Je sens que je réponds aux besoins de personnes qui ne sont pas forcément en capacité de faire elles-mêmes le ménage. La propreté est un droit pour tout le monde donc forcément, mon métier a du sens ici”.