“NoZat” : le pari d’accompagner la consommation d’alcool en centre d’hébergement d’urgence
20/04/2026
Ce lundi 20 avril, le Samusocial lance “NoZat”, un projet pilote de Réduction des Risques (RDR) liés à l’alcool au sein de son centre d’accueil pour femmes “Louiza”. Une première à Bruxelles dans un centre d’hébergement d’urgence.
Ce projet innovant poursuit un double objectif : accompagner les femmes vers une consommation sécurisée et responsable et augmenter l’accessibilité du centre à un public jusqu’ici exclu, renforçant ainsi l’accès “bas seuil” du Samusocial.
Fondée sur des principes d’humanisme et de pragmatisme, la Réduction des Risques se veut une approche non jugeante, qui reconnaît la réalité de la consommation d’alcool en offrant des stratégies et des outils concrets pour identifier et minimiser les risques.
“Aujourd’hui, dans certains centres, les bénéficiaires doivent rentrer avant 22h. Ceux qui consomment de l’alcool vont alors boire très rapidement – ce qu’on appelle du ‘binge drinking’ – pour éviter le manque pendant la nuit. Cela peut entraîner des comportements à risque, voire des violences ou des complications de santé.” témoigne Safia, chargée de projet “Réduction des risques et des dommages” au Samusocial.
L’approche de la RDR consiste donc à autoriser une consommation encadrée, en dédramatisant l’acte et en ouvrant un espace de dialogue sans jugement ni sanction. Elle permet également de mieux accompagner les personnes concernées, tout en respectant celles qui ne consomment pas.
Les femmes en situation de précarité sont particulièrement exposées aux violences dans l’espace public, une vulnérabilité que la consommation d’alcool peut accentuer. En permettant une consommation encadrée au sein du centre, le Samusocial souhaite offrir un environnement plus sécurisé et réduire ces risques.
Un projet en réflexion depuis 2023
Un long chemin a été parcouru avant la mise en place du projet. Les équipes du Samusocial ont visité plusieurs structures en France, échangé avec des partenaires, et surtout… questionné leurs propres pratiques. Des mois de formation des travailleur·euses ont permis de déconstruire certaines idées reçues et de poser un cadre clair : il ne s’agit pas de sanctionner la consommation, mais de l’accompagner afin de prévenir les comportements à risque.
Le projet a également été co-construit avec les femmes hébergées lors des “Comités Bouche à Oreille”, des temps d’échange mensuels où les résidentes peuvent exprimer leurs ressentis et aborder notamment la question de la consommation d’alcool (apports, gênes, ajustements).
Concrètement, qu’est-ce qui change ?
À partir du 20 avril, la consommation d’alcool sera autorisée sous conditions : seuls la bière et le vin seront permis, et uniquement dans les espaces communs du rez-de-chaussée. Les boissons seront conservées dans un frigo fermé à clef, et la consommation en chambre restera interdite.
Pour intégrer le projet, il est demandé de signer une charte d’engagement précisant le fonctionnement et les règles, tout en visant à responsabiliser les femmes dans leurs choix de consommation. Celle-ci encourage une consommation plus responsable, tout en leur apportant des conseils en matière de réduction des risques. Un suivi individualisé est proposé afin de leur permettre de mieux comprendre et analyser leurs modes de consommation. Ce suivi repose sur des entretiens réguliers ainsi que sur une fiche de suivi des consommations.
Enfin, un.e travailleur.euse référent·e supplémentaire sera présent·e durant les trois premiers mois au sein du centre, afin d’accompagner les femmes hébergées, de poursuivre la formation des équipes et d’assurer la coordination du projet avec les partenaires internes et externes.
“Dans la vie quotidienne, boire un verre lors d’un repas, en soirée ou entre ami·es fait partie des habitudes sociales largement partagées. Pour les femmes accueillies en centre, ces moments ne sont tout simplement pas possibles. L’interdiction stricte peut être vécue comme infantilisante. Ce projet vise aussi à reconnaître cette réalité, en proposant un cadre plus respectueux, qui redonne une place à la responsabilisation, sans pour autant négliger les enjeux de sécurité pour les hébergé.es et pour les travailleur.euses”, souligne Sarah de Liamchine, Directrice générale du Samusocial.
Au-delà de son déploiement, “NoZat” permettra d’améliorer l’accompagnement des personnes concernées grâce à la collecte de données. Ces enseignements contribueront à adapter les dispositifs existants et, à terme, à envisager l’extension du projet à d’autres centres.
Avec “NoZat”, le Samusocial ouvre la voie à une nouvelle façon de penser l’accompagnement des personnes précarisées : plus respectueuse, plus humaine, et surtout, profondément ancrée dans la réalité du terrain.
Le projet RDR bénéficie du soutien et du financement de Vivalis.