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Samusocial

Dispositif d’urgence pour personnes sans-abri

Portrait d’un visionnaire : Louis Lareng, fondateur du Samu médical

12/11/2019

Le 3 novembre dernier, Louis Lareng est décédé à l’âge de 96 ans. Ce médecin anesthésiste réanimateur est un visionnaire sans qui le Samusocial n’aurait peut-être jamais vu le jour. Rappelons-le, le Samusocial est un dispositif d’urgence sociale inspiré par le format d’intervention du Samu médical : considérer les personnes en détresse comme des victimes et se porter auprès d’elles là où elles se trouvent afin de leur offrir une aide immédiate. Un portrait de Paul Benkimoun paru dans le journal Le Monde du 9 novembre.

Louis Lareng

Le Monde – 09 nov. 2019

C’est une personnalité hors du commun qui est morte le 3 novembre, à l’âge de 96 ans. Un médecin à qui un nombre incalculable de victimes d’un accident doivent la vie. Fondateur, en 1968, avec la docteur Madeleine Bertrand, du premier service d’aide médicale d’urgence (SAMU) à Toulouse, avant d’être l’artisan, il y a cinquante ans, de sa généralisation à toute la France, le professeur Louis Lareng a révolutionné la prise en charge des accidentés en transportant « l’hôpital au pied du platane ». « A l’époque, racontait l’anesthésiste-réanimateur au quotidien régional La Dépêche, le nombre d’accidents de la route ne cessait d’augmenter. Les gens trouvaient déjà peu de place dans les services d’urgence, qui étaient encombrés. J’ai pensé qu’il était important que les blessés de la route reçoivent des soins le plus rapidement possible. Il fallait que le médecin puisse être au pied de l’arbre. Car il y avait aussi une loi qui interdisait aux médecins des hôpitaux de sortir de leurs murs. Les médecins pouvaient voir des gens mourir à quelques mètres d’eux. Cela ne pouvait pas durer. »
« Du pied de l’arbre à l’accueil » Et Louis Lareng de commencer clandestinement à intervenir hors les murs, de jour comme de nuit. Cela lui vaut une convocation  devant le conseil de discipline. La veille de sa comparution, le hasard fait qu’il se trouve à l’hôpital auprès d’un homme dont il a sauvé le fils et qui n’est autre qu’un membre du conseil de discipline. Le professeur Lareng reçoit un appel d’urgence et passe la communication au père. Lequel finit par lui dire : « Allez-y ! », ce qui fait dire à l’anesthésiste-réanimateur : « Ce jour-là, j’ai gagné le SAMU ! » La première sortie officielle du SAMU aura lieu en mai 1968 à Toulouse. La bataille pour la gestion de l’urgence extra-hospitalière « du pied de l’arbre à l’accueil » de l’hôpital avait été victorieuse à Toulouse, mais n’était cependant pas terminée, puisque le SAMU avait vocation à être présent sur tout le territoire. Dans une tribune publiée par Le Monde le 9 février 1977, Louis Lareng plaide pour « une planification de l’urgence », afin que les différentes structures appelées à intervenir « ne se gênent pas ou, au pire, ne voient pas leurs effets s’annuler ». Il y défend aussi le regroupement de tous les services d’urgence sous un numéro unique et la mise en place au niveau des SAMU d’un médecin coordonnateur. C’est en tant que député (PS) de la 3e circonscription de Haute-Garonne, élu avec la vague rose qui suit l’élection de François Mitterrand en 1981, que Louis Lareng porte comme rapporteur le projet de loi relatif « à l’aide médicale urgente et aux transports sanitaires ». Après avoir rencontré dans un premier temps de fortes oppositions, notamment dans le milieu médical, la loi étendant le SAMU à tous les départements avec mise en place d’un numéro unique, le 15, est adoptée à l’unanimité le 6 janvier 1986.
Ce n’était pas une mince satisfaction pour celui qui, boursier grâce à l’appui de son instituteur, obtint son titre de docteur en médecine à Toulouse le 17 janvier 1955. Originaire du village d’Ayzac-Ost (Hautes-Pyrénées), où il est né le 8 avril 1923 et dont il sera maire de 1965 à 1977, il avait perdu sa mère, emportée par la tuberculose alors qu’il n’avait que 2 ans. « Je n’ai jamais pu l’embrasser, on la voyait derrière une vitre », se souvenait-il. Et c’est sa tante, travaillant à la pharmacie du village, qui l’élèvera. Loin de se reposer sur ses lauriers, le fondateur du SAMU découvre dans les années 1980 la télémédecine à l’occasion d’un voyage au Canada. Il en sera l’infatigable promoteur, créant en 1989 l’Institut européen de télémédecine et poursuivant au cours des décennies suivantes cette nouvelle croisade. En 2018, à l’âge de 95 ans, il est nommé président d’honneur de l’Observatoire régional de l’innovation et des usages du numérique en santé.

Paul Benkimoun

 

Photo : Eric Cabanis / AFP

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