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Samusocial

Pour résoudre le sans-abrisme, il faut aussi résoudre la question des sans-papiers.

17/07/2021

Cela fait de longues semaines que plusieurs centaines de personnes sans papiers ont entamé une grève de la faim. Une action forte qui ramène comme un boomerang la question des personnes sans droits sur le devant de la scène médiatique et politique. 

Au Samusocial, principal opérateur de l’hébergement d’urgence pour les personnes sans abri en Région de Bruxelles-Capitale, cela fait très longtemps que nos équipes sont quotidiennement confrontées à ce public majoritaire en rue. Si toutes les personnes sans papiers ne sont pas sans abri, loin s’en faut, le terme « majoritaire » peut ici se comprendre au sens propre, mathématique, puisque plus de la moitié des 1.000 personnes que nous hébergeons chaque nuit dans nos centres ne disposent pas de titres de séjour. 

Lahcene est l’un d’entre eux. Cela fait 14 mois que cet homme de 50 ans vit au centre du Petit Rempart du Samusocial. D’origine algérienne, il est actuellement “sans-papiers”. Après son arrivée en Belgique, il y a 10 ans, apparaissent rapidement quelques symptômes inquiétants d’une maladie dont le diagnostic se révélera être une sclérose en plaque. Une maladie dégénérative qui lui enlève tout espoir de faire les activités manuelles qu’il avait l’habitude de réaliser pour s’en sortir financièrement. 

L’hôpital l’oriente alors vers la MediHalte, le centre médicalisé du Samusocial, où il restera deux années. Suivant les conseils de nos assistants sociaux, Lahcene introduit alors une demande de régularisation , sur base médicale. Deux ans plus tard, il apprend que sa demande de régularisation n’a pas abouti. Retour à la case départ, aucune autre perspective que le Samusocial pour Lahcene, dernier filet avant la rue. Ou après la rue, c’est selon.

Depuis le début de l’épidémie, Lahcene n’a plus beaucoup bougé de notre centre d’accueil Les chauffeurs du centre le conduisent à ses examens médicaux car il ne peut désormais plus se déplacer sans son déambulateur. Ila réintroduit une demande de régularisation. Être sans papiers le bloque et l’empêche de se soigner dans des conditions décentes. « C’est un double handicap, la maladie et ma situation. Là, j’attends d’avoir mes papiers pour pouvoir avancer » confie-t-il.

Une histoire somme toute classique pour les équipes du Samusocial, souvent impuissantes à trouver des solutions de sortie de rue pour ces personnes dont les derniers droits sont l’aide médicale urgente et l’accès aux centres d’urgence pour sans-abris. Des centres qui peu à peu deviennent l’unique solution, jusqu’à transformer des personnes dont le seul tort est de ne pas avoir de papiers, en sans-abris chroniques, pris en charge dans des structures collectives publiques. 

L’urgence a ainsi pris lentement le visage d’une solution à long terme pour ces personnes, condamnées à errer sans perspectives d’avenir dans des structures  inadaptées à leurs situations. Les équipes d’accompagnement peinent également à trouver du sens face à l’impossibilité de trouver des solutions de sortie de rue pour des personnes qui sont souvent sédentarisées dans notre région depuis des années. 

Le comble : la prise en charge sur la durée de ces personnes dans nos collectivités d’hébergement d’urgence, représente au final un coût plus élevé pour notre société que leur autonomisation par l’octroi de papiers et la mise en place d’un parcours d’insertion.

À l’heure où le gouvernement bruxellois a l’ambition de donner un nouveau souffle à la lutte contre le sans-abrisme, alors que nombreux sont ceux qui font de la fin du sans-abrisme un rêve à portée de main, la grève de la faim des personnes sans papiers nous rappelle ce constat implacable : tant qu’on ne trouvera pas de solution humaine, digne et durable à la question des sans-papiers, l’impact des mesures prises ces dernières années pour tenter de résoudre le sans-abrisme restera réduit. 

 

Stéphane Heymans, Président

Sébastien Roy, Directeur Général

 

Photo ©Belga

 

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