Sans abri et seniors : “J’ai soixante-cinq ans et j’ai dormi pendant deux semaines dans le métro”
28/10/2026
Dans l’imaginaire collectif, lorsque l’on pense aux personnes âgées, on les imagine dans des maisons de repos, dans des résidences autonomes ou même dans leurs maisons où elles vivent depuis toujours. Pourtant, dans les rues de Bruxelles, le nombre de personnes âgées sans abri ne fait qu’augmenter. Et aucune solution n’existe pour accueillir et/ou héberger ce public en vulnérabilité extrême.
Avec l’âge vient souvent l’isolement social, la fracture numérique ou encore la baisse du pouvoir d’achat : des facteurs cumulés qui peuvent mener les personnes âgées au sans-abrisme. Dans les rues de la capitale, ce public est confronté à une double vulnérabilité : entre précarité et âge avancé, les effets du vieillissement sont démultipliés par les années passées en rue.
Les équipes mobiles du Samusocial sont confrontées chaque jour à ce public spécifique qui nécessite des adaptations, des soins précis et une approche particulière. Le manque de prise en charge médicale pour les personnes sans abri est déjà un facteur aggravant leur vulnérabilité mais, chez les personnes âgées, cela favorise le développement de pathologies graves et difficiles à prendre en charge. Les maraudeur·euses ne sont pas équipé·es pour apporter les soins nécessaires à ces pathologies : les infirmier·ères de ces équipes tentent de les aiguiller vers des dispositifs adaptés.
Mais ces types d’hébergement sont eux aussi très limités. Aucune structure n’est spécialisée dans la prise en charge des personnes cumulant vieillesse et sans-abrisme, laissant de nombre d’entre elles à la rue. Au Samusocial, le centre pour personnes vulnérables et médicalisées situé boulevard Prince de Liège accueille ces personnes, alors même qu’il n’est pas idéalement adapté aux spécificités du grand âge.
Des facteurs aggravants
Les personnes âgées sans abri sont aussi les premières victimes des aléas climatiques tels que les canicules ou les vagues de froid. Vincent Manteca, responsable des équipes mobiles d’aide du Samusocial, affirme : “On ne sait pas prendre en charge spécifiquement les personnes âgées. Alors oui, quand il y a des vagues de canicule par exemple, on y porte un regard plus attentif, on est plus réactifs pour les protéger. Mais en règle générale, c’est très difficile de les aider.”
Le sans-abrisme et le vieillissement vont aussi de pair avec des troubles cognitifs de plus en plus importants. Les pertes de mémoire, la baisse des capacités mentales, et une souplesse intellectuelle diminuée affectent grandement une prise en charge adéquate : certain·es ne peuvent pas vivre en communauté tandis que d’autres refusent toute forme de soutien de la part de nos équipes. De même, les personnes âgées trouvent plus difficilement des solutions de secours car leur entourage n’arrive pas toujours à assumer leurs besoins spécifiques.
Tout cela contribue aussi à diminuer drastiquement l’espérance de vie des personnes en rue. Selon la newsletter du Collectif Les morts de la rue, 30 personnes sans abri sont décédées entre janvier et la mi-mai 2026. Et parmi elles, rares sont celles qui dépassent les soixante ans.
Des différences entre hommes et femmes
Les femmes âgées, malgré leur forte vulnérabilité, usent parfois de cette vieillesse pour se protéger. Certaines décident de ne pas contrecarrer les effets du vieillissement afin d’avoir l’air plus âgée, et ainsi être moins vulnérables aux agressions sexuelles et aux violences sexistes.
Plusieurs femmes âgées sont hébergées dans notre centre ‘Louiza’. Françoise* témoigne : “J’ai soixante-cinq ans moi, et j’ai dormi pendant deux semaines dans le métro, à même le sol. Et les gens ne s’en inquiètent pas tant que ça. À mon âge, vous trouvez ça normal, vous ?”
*Nom d’emprunt