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Samusocial

Dispositif d’urgence pour personnes sans-abri

Une soirée en hiver au centre d’accueil d’urgence Poincaré

12/02/2019

(Un reportage réalisé et écrit par Alexandre Christoffel, stagiaire qui prête main forte à  notre cellule Communication)

Le centre Poincaré se trouve à quelques dizaines de mètres de l’arrêt Lemonnier. C’est un grand bâtiment qui respire le vécu, haut de 25 mètres et parsemé de fenêtres couleur cuivre. A part la petite enseigne arborant le logo orange et bleu, rien ne laisse paraître qu’il s’agit du plus grand centre d’hébergement du Samusocial. 

Et pourtant, avec ses 7 étages et ses 410 places (pouvant monter à un total de 460 en cas de grand froid), le bâtiment est l’un des derniers remparts lorsque la rue devient trop inhospitalière. Pour autant, l’entrée ne se fait pas à l’improviste. Pour bénéficier d’un lit au chaud, il faut appeler le numéro vert 0800/99.340 et réserver sa place. Si la mesure peut paraître étrange, elle est en réalité essentielle pour éviter le chaos qu’impliquerait l’entrée simultanée de plus de quatre cents personnes dans le centre.

Les portes ouvrent à 17h30 et selon l’heure de réservation, il est possible d’arriver à 18h, 20h ou bien encore 22h.

Chaque nuit, c’est un membre différent de l’équipe du Samusocial qui accueille les hébergés. Aujourd’hui, c’est le tour de Juan.
Positionné derrière un petit comptoir dans le sas d’entrée, il fait un check rapide à l’aide de son ordinateur afin de vérifier que la personne est bien attendue et inscrite dans le système. Juan peut aussi voir si la personne entrante a rendez-vous à l’infirmerie, chez l’assistant social ou dans n’importe quel autre service. En quelques secondes, la voilà à l’intérieur.
Chacun est bien accueilli. On remarque rapidement que les travailleurs du Samusocial connaissent la majorité des noms sans avoir besoin de regarder la liste, signe que la plupart des hommes et femmes venant s’abriter à Poincaré sont des habitués du service.

L’immeuble n’est pas tout jeune. Le bâtiment possède les cicatrices attestant son âge et les centaines d’aller-retours qui se font chaque jour en son sein. Travailler et y vivre requièrent une certaine adaptation tant les sens peuvent y être mis à l’épreuve. Mais nul doute que malgré ses défauts, la structure est appréciée car considérée par beaucoup comme un ultime refuge : elle offre en premier lieu un toit, avantage précieux en hiver. Des lits, sanitaires et douches attendent tous les hébergés qui peuvent donc se poser et prendre soin d’eux-mêmes. Le réfectoire n’est pas seulement la pièce où on l’on sert un repas chaud, mais sert aussi de lieu de rencontre et de vie commune.

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Si le Samusocial se conçoit comme un dispositif d’urgence, l’organisme propose également un accompagnement sur le long terme, autant social que médical. Car si le personnel connaît le nom d’une majorité d’hébergés, ce n’est pas sans raison.
Au premier étage se trouve l’infirmerie. C’est là que le suivi des hébergés peut réellement commencer. Ce soir, Lola et Nicolas sont de garde jusque 2h du matin. Leur espace de travail est divisé en 2 par un long panneau en bois, qui leur permet de mener deux consultations en même temps tout en préservant une certaine forme d’intimité. Juste à l’entrée de la pièce se trouve une salle où attendent les prochains patients… avec plus ou moins de patience.

Le premier entre, il s’appelle Alain. Il a la soixantaine passée et un gros bandage blanc à l’index. Lola lui parle avec calme et douceur, mais non sans une légère autorité. Alain est connu des services du Samusocial depuis peu. C’est la Maraude qui l’a rencontré et accompagné jusqu’à Poincaré. A la suite d’un coup de poing donné dans une bagarre de rue, l’os de son doigt s’est légèrement disloqué. Sans traitement, une infection est apparue, aggravant la situation.

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Lola explique : « quand Alain est arrivé pour la première fois, sa main était incroyablement gonflée, notamment à cause d’une grande quantité de pus. Il vient pour se faire traiter plus ou moins régulièrement maintenant, et si la blessure reste effrayante à voir, Alain est clairement sur le chemin du rétablissement. »

Lola enlève délicatement le pansement, passe de l’iso-bétadine et bande à nouveau le doigt avec attention. Puis commence une discussion sur l’état de santé général de l’homme. Il raconte avoir des problèmes de boisson. Son cœur bat plus vite que la moyenne, il se réveille chaque matin dans une mare de sueur : ce sont les effets du manque qui se font ressentir. Lola lui administre un médicament à prendre plusieurs fois par jour pour contrer les symptômes. Si l’alcool est strictement interdit dans le centre, certaines personnes souffrant d’alcoolisme sont autorisées à prendre quelques doses par jour. Arrêter de boire du jour au lendemain peut s’avérer très dangereux pour des personnes alcooliques, pouvant entraîner la mort. Il faut donc agir avec prudence dans ces cas.

Alain n’a plus de questions. Il a pris ses médicaments, se lève de sa chaise, remercie Lola et se dirige vers le réfectoire.  La séance ne lui aura pas coûté un sou et sans ces check up réguliers, il ne fait nul doute que sa blessure aurait dégénéré.

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Le second patient rentre à son tour. Il s’agit de Niko, un homme de 40 ans venant de Roumanie. Avec lui arrive une nouvelle difficulté : la barrière de la langue. C’est une complication que les infirmières connaissent. En 2017, 47% des hébergés n’étaient pas issus de l’Union européenne. Nombreux sont ceux qui ne parlent pas anglais et encore moins français. Il faut donc s’adapter : quelques mots dans la langue de Molière, quelques-uns dans celle de Shakespeare, on saupoudre le tout du langage des signes de « Monsieur tout-le-monde » et le tour est (presque) joué.

Les séances peuvent s’étendre, le soignant prend le temps, la qualité de l’intervention et de la discussion avec le patient est primordiale.

Chaque soir, les hébergés du centre Poincaré peuvent avoir recours à ce service; et c’est sans conteste un des plus grands avantages que peut offrir le centre.

Si on sort de la salle d’attente et que l’on traverse le couloir du 1er étage, on arrive aux bureaux des assistants sociaux. 

Leur rôle est tout aussi important que celui des infirmiers : le but est de réintégrer la personne sans abri dans la société, en la guidant dans les prises de rendez-vous nécessaires (avec le propriétaire d’un appartement que la personne pourrait louer par exemple), en l’aiguillant vers différents services extérieurs (CPAS, hôpitaux, services de médiations de dette, permanence juridique…) ou simplement en discutant avec elle, en l’écoutant et en lui proposant des avis ou solutions.

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Malheureusement, beaucoup des hébergés du centre Poincaré sont des personnes sans papiers non issues de l’Union européenne et donc en situation irrégulière sur le territoire : elles sont dans l’impossibilité de demander une domiciliation, ne serait-ce qu’au CPAS. Or, sans domiciliation, impossible pour elles de commencer une quelconque démarche administrative et encore moins de régulariser leur situation. Un cercle vicieux ayant pour effet que la plupart de ces personnes n’auront aucun moyen d’être un jour des habitants et citoyens pleinement reconnus par le pays.

Les heures passant, le centre se remplit et l’activité bat son plein. Les hébergés mangent, se douchent, se rendent en consultation infirmière et/ou sociale… L’ambiance au sein du centre est particulière : moments difficiles et de légèreté se succèdent, se mélangent parfois.
23h, extinction des feux pour les 400 personnes hébergées dans le centre. Chacun aspire au calme.

 

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