Vieillissement prématuré : quand les années passées en rue altèrent le corps et l’esprit
15/10/2026
Lorsque l’on parle de sans-abrisme, on pense souvent à la solitude, à la fatigue générale, au manque de soins ou encore à la précarité. Pourtant, un phénomène répandu est méconnu : le vieillissement prématuré.
Les années passées dans la grande précarité laissent des traces sur les visages et les corps. Entre le manque de sommeil et le stress chronique lié aux agressions en rue, le corps fatigue très rapidement et développe de nouvelles pathologies. À cela s’ajoutent les conditions météorologiques, entre grand froid et canicules, auxquelles doivent faire face les personnes sans abri. Le manque de soins aggrave aussi les maladies et autres pathologies engendrées par le vieillissement prématuré.
Ce cercle vicieux est difficilement pris en charge par les travailleur·euses du Samusocial, que cela soit en centres ou durant les maraudes de nos équipes en rue. Vincent Manteca, responsable des équipes mobiles d’aide du Samusocial, confie : “On ne sait pas prendre en charge ce vieillissement prématuré, tout comme le vieillissement en règle général. Il n’existe pas d’accueil spécialisé pour ces personnes à Bruxelles. Alors on fait comme on peut pour les aider.”
C’est d’ailleurs en maraude que ce vieillissement prématuré est le plus observé. “Nous essayons de deviner l’âge des personnes sans abri que nous rencontrons, mais souvent les personnes sont plus âgées que nous le supposons.” Les différences de parcours jouent un rôle majeur: quand les années passées en rue s’accumulent, le vieillissement prématuré s’accentue.
Deux publics particulièrement vulnérables
Ce vieillissement prématuré est encore plus marqué aux deux extrêmes du spectre de l’âge. Les plus jeunes, pour certains encore enfants ou adolescents, paraissent beaucoup plus âgés que ce qu’ils ne sont réellement. “Lors d’un screening aux abords du Hub humanitaire, nous avions rencontré un groupe de jeunes, dont un nous assurait être mineur. Il consommait beaucoup, il était bouffi, avec pas mal de cicatrices et la peau craquelée. Alors on a eu un doute. Jusqu’à ce qu’il retrouve sa carte d’identité. Il avait à peine 17 ans. Physiquement il en faisait 25.”
Ce vieillissement prématuré va aussi de pair avec une espérance de vie réduite. Rares sont les personnes sans abri qui vivent au-delà de 60 ans. Le corps devient trop faible, la fatigue s’accumule et les problèmes de santé qui ne sont pas pris en charge empirent. La forte présence d’un public sans abri de longue durée en rue (autrement appelé “la chronicité de l’errance”), couplée à l’augmentation du nombre de personnes âgées sans abri submerge les équipes de nouvelles problématiques.
Un vieillissement précoce de l’esprit
Au-delà du vieillissement du corps et de l’organisme, le vieillissement prématuré se traduit aussi par des troubles psychiatriques. Les assuétudes et la consommation de certaines substances peuvent prendre le pas sur le vieillissement physique, attaquant les qualités cognitives des personnes sans abri, déjà affaiblies par leurs conditions de vie.
Ici encore, le cercle vicieux se referme sur ces personnes : lorsque les capacités psychiques ne suivent plus, il est encore plus difficile de les prendre en charge ou de les héberger dans des centres d’accueil. Elles se trouvent contraintes de rester en rue, exposées à davantage de violence et des conditions de vie très précaires.