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Samusocial

Dispositif d’urgence pour personnes sans-abri

Vivre dans un appartement : voici le projet pour lequel nous accompagnons Makno

26/02/2020

Au-delà de la réponse aux besoins primaires, le Samusocial propose un accompagnement individuel à toutes les personnes hébergées dans chacun de nos centres. Cet accompagnement peut se décliner dans trois dimensions – psycho-médico-sociale – et permet souvent de dégager de réelles solutions de sortie de rue.
Makno*, belge de 75 ans, habitué de la Gare de Bruxelles-Central a fait l’expérience d’un accompagnement vers un logement individuel avec le soutien de notre équipe sociale. D’une enfance difficile à son arrivée en rue, de son engagement anarchiste à l’arrêt de l’alcool, Makno a eu un parcours de vie pour le moins mouvementé. Mais aujourd’hui, c’est d’un appartement dont rêve Makno. Et nous sommes bien décidés à le soutenir dans cette démarche.


“Savoir recevoir et savoir donner”, une phrase qu’utilise Makno et qui lui correspond bien. Après avoir vécu plus de 9 ans en rue, Makno est orienté vers le centre médicalisé de la Médihalte pour y effectuer des soins de plaies. En parallèle des soins effectués par les équipes médicales, Makno rencontre Laura, assistante sociale. Elle est la première personne à qui il raconte son histoire. Il a accepté de nous en fait part également. 


Makno a grandi dans un orphelinat à Charleroi. Très jeune, il est orienté vers une ferme où il y travaillera très peu de temps : “À l’époque ça fonctionnait comme ça, aussitôt en âge de travailler, on envoyait les jeunes des orphelinats à la ferme.” Ensuite il rejoint rejoint le charbonnage en Région de Charleroi, dès l’âge de 14 ans :on travaillait à la chaîne pour trier le charbon. Il y avait une super ambiance, on était tous ensemble.” Rapidement, les usines qu’il fréquente ferment. Makno décide alors de quitter Charleroi pour Bruxelles : “et ça a été le début de la “dégringolade”.
Fervent défenseur des idéaux anarchistes, il y rencontre beaucoup de “camarades” et multiplie les projets : “on ouvrait des centres culturels, on faisait de l’auto-rénovation. C’était super, mais tout le monde buvait beaucoup. J’ai sombré dans l’alcool et j’ai eu beaucoup de mal à m’en défaire.” Après avoir dormi longtemps dans ce qu’il appelle “l’Hôtel des courants d’air” (les couloirs de la Gare Centrale, ndlr), il est recueilli par l’équipe mobile du Samusocial et conduit au centre du Petit Rempart. Makno est un cas identifié comme “chronique”. Il a fait de nombreux allers-retours entre la plupart des centres du Samusocial et la rue.


En juin 2019, il est orienté vers la Médihalte. Lorsque Makno arrive au centre, Laura remet rapidement sa situation administrative en ordre : “nous avons fait toutes les démarches nécessaires pour que Monsieur puisse bénéficier d’une situation stable et repartir sur de bonnes bases. Monsieur a perdu sa carte d’identité, nous avons donc fait une déclaration de perte, ensuite nous l’avons aidé à obtenir une adresse de référence au CPAS, ce qui lui a permis de bénéficier à nouveau de sa pension, et de la “Garantie de revenus aux personnes âgées (GRAPA), ainsi qu’une carte de santé. En attendant de percevoir des revenus, il a reçu des avances du CPAS.”

Ensemble, ils s’attellent ensuite au développement de son projet de vie : obtenir un hébergement individuel. Makno raconte : “On m’a proposé une maison de repos ou une maison d’accueil mais j’ai toujours refusé.  Là-bas, ça sent le sapin, c’est horrible. J’ai déjà rendu visite à un ami dans une de ces maisons de repos, ce sont tous des zombies : plus de personnalité, plus rien, ils ronchonnent, se bousculent … ça ne me convient pas. Quand tu sors de là, c’est dans une boîte. C’est inévitable. À choisir, je préfère mourir en plein air, libre.” Laura soumet alors la candidature de Makno auprès de la cellule Capteur et créateur de logements de l’Ilôt. Quelques jours plus tard, Laura reçoit un message lui signalant qu’un logement a été trouvé. “Laura m’a demandé si le logement m’intéressait. J’ai répondu oui tout de suite car je ne veux pas retourner à la rue. J’ai 75 ans, recommencer tout ce travail serait très difficile.”

Après avoir visité ensemble l’appartement le 25 novembre, Laura contacte l’Armée du Salut pour mettre en place une guidance à domicile. Elle m’explique : “En théorie, notre accompagnement se termine lorsque Monsieur quittera le centre. L’Armée du Salut peut éventuellement prendre le relais. Ils proposent un service d’“habitat accompagné” : ils viennent rendre visite aux personnes qu’ils suivent. Ils les aident dans leurs démarches, font des activités, mettent en place une gestion budgétaire etc… ”  En effet, après neuf années passées en rue, Makno est déstabilisé par l’idée de se retrouver entre quatre murs. Il doit réadapter son mode de vie : l’accompagnement post-orientation est nécessaire et primordial pour qu’il reprenne de bonnes habitudes en logement. Un suivi psychologique a également été mis en place afin de continuer le travail effectué avec la psychologue du centre.

 

 

 

 

 

 

 

Si le logement convient parfaitement à Makno, il reste encore beaucoup à faire avant son installation finale. Une série d’accompagnements est organisée : “cet après-midi on l’accompagne à Solidarité Grands Froids pour récupérer des draps. Plus tard nous irons lui chercher des meubles”, me confie Laura. Makno rit : “je suis arrivé ici tout nu, et je repars avec des meubles ! Elle m’a beaucoup accompagné : à la poste, à la maison communale, à l’appartement … elle a fait beaucoup pour moi. Ici on devrait lui payer une belle paire de souliers ! Sans elle je serais retourné depuis longtemps à l’Hôtel des courants d’air.”


Makno semble déjà anticiper son emménagement qui approche  : “forcément j’y réfléchis et je m’organise au mieux. Mais le plus compliqué sera de s’y retrouver tout seul. C’est pour ça que j’ai besoin d’une télé, sinon j’aurai tendance à sortir et … je ne veux pas trop sortir de chez moi pour l’instant”.
Depuis deux ans il ne boit plus du tout : “J’ai été hospitalisé trois mois à l’hôpital César de Paepe à cause d’un grave ulcère. Avant j’étais très alcoolique, je buvais jusqu’à 20 ou 30 grandes bières par jour, plus la vodka … Nuit et jour je buvais. Si je m’en suis sorti, c’est surtout grâce au docteur qui s’est occupé de moi. À la sortie de mon hospitalisation, il m’a proposé un verre à la cafétéria : “une bière ou un café ?” C’était un piège. J’ai répondu : “un café” et il me l’a offert. On a discuté, il m’a demandé ce que j’allais faire à présent, je lui ai répondu que j’irais sans doute à l’Hôtel des courants d’air. J’y suis retourné, mais je n’ai plus jamais bu. Tout le monde m’a proposé, j’en avais très envie. Mais j’ai toujours dis non. Et j’en suis fier. Je ne fume même plus !” L’envie le reprend parfois. “Après avoir accepté la proposition de logement, je me suis senti perdu. Je ne sais pas pourquoi, je tournais en rond comme un fou. Je me suis rendu au café le plus proche, je voulais rentrer pour me saouler. Mais je me suis ressaisi une fois devant la porte, et j’ai fait demi-tour.”

Makno semble vivre difficilement la transition entre la rue et la nouvelle vie qui s’offre à lui : On essaie d’y aller en douceur. Monsieur a beaucoup de mal à s’approprier son espace, nous l’avons visité une fois emménagé et il ose à peine s’asseoir dans son propre canapé, m’explique Laura.

 

 

 

 

 

 

 

Plus tard, Makno aimerait reprendre sa passion, la peinture : “J’aimerais beaucoup m’y remettre mais le matériel coûte très cher. La psychologue Ysaline m’a mis en relation avec la Service de Santé Mentale “La Gerbe”. “Ils organisent des activités, des sorties, mais surtout : ils ont du matériel pour peindre et c’est à deux rues de chez moi.”

L’appartement est emménagé, Makno a ses clés, le jour J approche ! Afin d’assurer une transition en douceur, l’équipe lui propose de dormir une première nuit chez lui, et de revenir le lendemain matin pour débriefer et convenir ensemble d’une date de sortie définitive de notre centre. 

Malheureusement, la première nuit tant attendue dans son appartement ne se passe pas comme prévu. Des tensions chez des voisins génèrent des angoisses qui dissuadent Makno de rester dans son logement qu’il quitte précipitamment avant même la fin de soirée. Il passera la nuit dans la rue avant de rejoindre notre MediHalte le lendemain. Nous l’accueillons et faisons le point avec lui. Le constat est clairement résumé par Laura : “Il ne s’installera pas dans cet appartement, il ne s’y sent pas en sécurité”.

Nous continuerons d’héberger et de soutenir Makno le temps que l’Ilôt trouve un autre logement disponible pour lui. La patience et la persévérance restent essentiels pour aider les personnes parfois en rue depuis plusieurs années.



*nom d’emprunt, choisi en hommage au théoricien anarchiste : Nestor Makhno.

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