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Samusocial

Yasmine, 38 ans : « je savais que j’avais fait une grande erreur, mais je n’arrivais plus à reculer »

16/12/2025

C’est une histoire d’emprise. Une histoire qui aurait pu mal se terminer. L’histoire d’une femme, qui, pensant offrir un semblant d’équilibre parental à ses enfants, a fermé bien des fois les yeux. Jusqu’au dérapage. Et jusqu’à la reconstruction. 

En Algérie, les hommes se retournent sur le passage de Yasmine. Il faut dire que la jeune femme est particulièrement belle. Avec ses grands yeux et ses longs cheveux d’ébène, elle ressemble aux héroïnes de notre enfance :  Esmeralda, Pocahontas… ou encore la promise d’Aladin. Mais la vie de Yasmine n’a rien d’un film de Disney.
L’associé en affaires de son frère est lui aussi sous le charme. Il souhaite l’épouser. Pas elle. « J’avais 18 ans, je ne pensais pas à me marier, je passais mon baccalauréat, j’avais des rêves. Je voulais faire des études. » Alors, elle refuse. Mais il revient à la charge, et le frère de Yasmine, qui ploie sous le chantage économique de son associé, parvient à convaincre sa sœur : elle accepte à la condition qu’elle puisse terminer ses études. Pendant ce temps, les futurs époux se fréquentent. Tout va bien : « il me faisait croire qu’il aimait les femmes modernes, celles qui travaillent… » Sept années plus tard, master en poche, Yasmine épouse son prétendant. 

« Dès le lendemain, j’ai compris que j’avais fait une grave erreur. Pas le droit de travailler, de m’habiller comme je voulais, pas le droit de sortir, de me maquiller, de me parfumer…  Je ne comprenais pas, je le pensais ouvert d’esprit. Quand je lui ai posé la question, il a simplement répondu : ‘je suis ainsi, ce n’est pas mon problème ». Le mari de Yasmine s’absente souvent et pour de longues périodes en Europe.« Il me reprochait de ne pas être triste en son absence, Il criait beaucoup, il était jaloux sans raison… » Yasmine souhaite mettre fin à son mariage, mais dès qu’elle aborde le sujet avec lui, ce sont les larmes, le chantage au suicide et la promesse de changer ; A chaque fois, Yasmine lui laisse une nouvelle ‘chance’.

Naît une première petite fille. « J’ai pensé que le fait de devenir papa allait le changer. Mais il repartait toujours. Et quand il revenait, il ne restait pas avec nous. » Yasmine continue de demander le divorce… mais le scénario infernal se répète encore et toujours, les larmes, les promesses.

Yasmine retombe enceinte, d’un petit garçon. Quand le petit a 4 ans, le mari de Yasmine accepte enfin qu’elle puisse travailler. Hors de question qu’elle enseigne grâce à son diplôme de littérature… elle risquerait de fréquenter des hommes. Il lui concède laborieusement d’ouvrir un salon de coiffure. Mais les reproches continuent : elle ne passe pas assez de temps avec lui, (bien qu’il soit toujours absent). « C’était évident : il ne voulait pas que j’avance, » déplore Yasmine. Elle ferme le salon. 

Et puis c’est le tournant : Yasmine découvre que son mari a une maîtresse. Elle part chez ses parents ; et demande officiellement le divorce. Une fois de plus, Yasmine fera marche arrière : cette fois-ci, elle ne le quittera pas, mais si et seulement si elle et ses enfants peuvent le suivre dans ses voyages européens. En Espagne, où le couple a une maison, Yasmine tombe à nouveau enceinte. Mais découvre que son époux continue de la tromper… et souhaite être polygame.  Cette fois c’était bon. Mon frère avait décidé de partir avec sa femme en France. Je les ai rejoints, avec mes deux enfants et le troisième à venir.  Un mois après la naissance, il est venu chez mon frère pour me chercher. Ils se sont battus.’ Malgré tout, Yasmine accepte de le suivre en Belgique. « Il m’avait encore menti : toutes les affaires de l’autre femme étaient là. J’étais tombée dans le piège encore une fois. »

Yasmine découvre que son mari prend des médicaments contre la schizophrénie. « Souvent, il n’arrivait pas à dormir, alors il m’en empêchait aussi, il me reprochait de ne pas lui parler. » Les cris et les menaces sont monnaie courante. Et puis tout dérape. « Il a commencé à me frapper. Un jour, il m’a coincée contre un mur, les enfants ont vu la scène. Une autre fois, pendant que je lavais le plus petit, il a commencé à m’étrangler parce que je ne lui avais pas dit ‘bonjour’. Quand il m’a lâchée d’un coup pour aller à la cuisine, j’ai compris qu’il allait chercher un couteau et qu’on était en danger. J’ai attrapé les trois enfants, et on est sortis, pieds nus, en pyjama. On est entrés dans la pompe à essence en face de la maison. On s’est cachés derrière le comptoir. Mon mari nous a poursuivis, il est entré, m’a attrapée, tiré les cheveux. Quand il a compris que la Police arrivait, il a tenté de rentrer à la maison. »

Fin du calvaire pour Yasmine et ses enfants. « Le Policier m’a emmenée de Mons jusqu’au centre familles du Samusocial. J’étais un peu soulagée. J’ai vécu la peur avec lui. Mes enfants aussi. La chose la plus importante quand tu arrives ici, c’est la sécurité. Au début, mon fils dormait avec moi. Il avait peur que son papa vienne le tuer. Et puis on s’est sentis de mieux en mieux. Ici ce n’est pas juste un centre d’accueil, pour manger et dormir. C’est un centre qui aide les femmes à devenir plus fortes et plus courageuses. J’ai gagné en confiance. Avant, je pensais que j’avais gâché ma vie. Maintenant, je suis une autre femme, et mes enfants aussi. » 

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