Tisser des liens de confiance, accompagner et comprendre : le quotidien de Sophie, infirmière psychiatrique au Samusocial
07/10/2026
Après plusieurs années passées aux urgences psychiatriques, Sophie a quitté le milieu hospitalier pour endosser la fonction d’infirmière psychiatrique au Samusocial. “J’avais l’intuition que c’était ce que je devais faire”. Lorsqu’elle intègre notre organisation en avril 2025, et bien qu’elle s’y attendait, elle s’aperçoit que les différences dans la pratique du métier sont importantes. Pourtant, les maladies traitées sont les mêmes, et c’est cela qui la conforte dans son envie de continuer au Samusocial.
Chaque jour, Sophie s’occupe du suivi psychiatrique intensif des femmes isolées et hommes seuls hébergé·es dans nos centres Poincaré et Louiza. Entre accompagnements aux rendez-vous, gestion des crises, entretiens dans les centres et suivis individualisés, Sophie trouve son travail difficile mais passionnant. ‘Toutes les personnes dont je m’occupe sont attachantes. Elles ont des histoires de vie uniques mais chaque cas est différent et nécessite une attention particulière. On ne s’ennuie jamais.’
Les équipes avec lesquelles Sophie travaille l’enrichissent au quotidien : infirmier·ères, psychologues et assistant·es sociaux·ales, Sophie apprend chaque jour de cette multidisciplinarité. ‘Les travailleur·euses ont tous une force et des convictions qu’ils et elles défendent chaque jour. On sent qu’ils veulent vraiment aider les bénéficiaires, qui nous le rendent bien. Les hébergé·es ont une force de vie qui inspire et nous enrichit.’
Un réseau construit autour de la prise en charge des problèmes psychiatriques
En rue, les problèmes psychiatriques sont nombreux et s’aggravent avec le temps. Le manque de sommeil, la violence quotidienne combinée à la violence institutionnelle ainsi que les problématiques de consommation et les assuétudes amènent davantage de problèmes psychiatriques. ‘Il y a clairement une augmentation de la souffrance psychique, même dans la population générale. Mais en rue, c’est plus compliqué de trouver des solutions : ils cumulent les facteurs et ne trouvent pas les ressources pour en sortir. La situation est bloquée pour eux.’
Tout un réseau d’associations s’est alors constitué pour tenter de répondre à ces problématiques : entre équipes mobiles et permanences psychologiques, l’envie de ‘mettre de la qualité dans la prise en charge psychologique et psychiatrique’ a permis la création de plusieurs dispositifs tels que ‘Cover’*. Si une urgence psychiatrique survient ou si la personne devient dangereuse pour elle-même et pour autrui, les hôpitaux restent une solution. Et finalement, les Initiatives d’Habitations Protégées et les Maisons de Soins Psychiatriques peuvent aussi être une solution, même si elles demeurent exclusives car chères et aux règlements stricts.
Dans les centres, ce sont les psychologues et Sophie, la seule infirmière psychiatrique du Samusocial, qui prennent en charge les personnes souffrant de troubles psychiatriques. ‘Je me souviens d’un jeune iranien. Il était très difficile à aborder, n’avait de contact avec personne et n’attirait pas beaucoup la compassion. Si nous nous étions arrêtés à ce qu’il renvoyait, nous ne l’aurions pas aidé. Mais j’ai réussi à créer un lien avec lui. Pas en un mois, bien sûr. Cela a pris du temps, mais nous avons réussi à lui faire accepter un traitement.’
La prise en charge de la santé mentale en rue : de nombreux défis
Ce ne sont pas seulement les refus des bénéficiaires qui limitent Sophie dans son travail. ‘L’un des plus gros problèmes, c’est le manque de temps. Il y a un turn-over tellement important chez les hébergé·es, qu’on ne peut pas assurer un suivi sur le long terme pour chaque personne qui en aurait besoin.’ Au-delà de ce turn-over, les financements sont parfois instables : le dispositif ‘Cover’ (Couverture, veille sanitaire et réduction des risques)”, spécialisé dans le suivi des personnes confrontées à des problématiques d’assuétudes, a dû cesser ses maraudes au 1er janvier 2026…Mais bonne nouvelle, Cover a entretemps repris ses activités au printemps dernier.
Et pour celles et ceux dont le suivi est un succès, l’orientation vers des solutions telles que les hôpitaux ou les Initiatives d’Habitations Protégées et les Maisons de Soins Psychiatriques n’est pas non plus aisée. Plusieurs mois sont nécessaires avant de parvenir à obtenir une place. Et lorsqu’ils et elles sont dans l’urgence, cette attente peut sembler interminable. ‘Même pour quelqu’un qui a des droits sur le territoire, c’est long. Alors imaginez pour quelqu’un qui n’en a pas.’
Sophie en est convaincue, la considération de la maladie psychiatrique chez les personnes sans abri est une piste d’amélioration pour une meilleure prise en charge globale. ‘Il faut faire un travail de dé-stigmatisation : oui, parfois la maladie psychiatrique combinée au sans-abrisme peut paraître effrayante mais il faut aussi ouvrir les yeux sur ce qui mène à ces troubles. La rue et la précarité rendent malade.’
*https://samusocial.be/missions-et-dispositifs/les-equipes-mobiles-daide/focus-sur-le-projet-cover/