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Constats et intentions

Les publics qui ont besoin de l’aide du Samusocial évoluent au fil des ans. 

Les hommes restent majoritaires en rue à Bruxelles mais nos équipes relèvent chaque année un nombre croissant de familles avec enfants et de femmes qui se trouvent sans solution d’hébergement. Parmi elles, des femmes victimes de violences conjugales, souvent avec enfants, qui sont toujours plus nombreuses à faire appel à nos services dans l’espoir d’obtenir un accueil d’urgence. Le besoin d’aide est d’autant plus criant pour les femmes en situation irrégulière pour lesquelles très peu d’alternatives d’accueil existent. Hormis le centre hivernal géré par la Croix-Rouge, le Samusocial est en effet la seule organisation en Région bruxelloise qui accueille dans ses structures d’hébergement des femmes irrégulières victimes de violences. 

Comme les années précédentes, les personnes sans papiers et les irrégulier·ière·s constituent plus de 60% des personnes accueillies dans nos centres.

Les Mineur·e·s Étranger·ére·s Non Accompagné·e·s (MENA) sont eux aussi aidés par nos équipes, à la fois en rue, dans les squats mais également dans nos centres d’accueil. 

Enfin, nous aidons un nombre croissant de demandeur·euse·s d’asile, année après année, dans nos centres d’accueil ouverts sous mandat de l’agence Fedasil. Mais également en rue, par l’action de nos équipes mobiles d’aide, de nombreux·euses primo-arrivant·e·s se retrouvant de facto sans-abri car ils/elles doivent attendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines avant d’enfin pouvoir enregistrer leur demande et bénéficier d’un hébergement comme prévu par la loi accueil. 

Personnes sans abri, en situation régulière sur le territoire ou non, personnes sans papiers, Mineur·e·s Étranger·ére·s Non Accompagné·e·s, demandeur·euse·s d’asile, migrant·e·s en transit, femmes victimes de violences, jeunes en rupture familiale, personnes chronicisées dans l’errance … ce qui compose ce que l’on appelle le sans-abrisme englobe une multitude de situations et de profils différents qui nécessitent de pouvoir mettre en place des approches diverses les plus spécifiques possibles.  

 

Une approche globale intégrée/décloisonnée …

Face à cette diversité de situations, il nous paraît de plus en plus nécessaire de développer des politiques et des programmes intégrés considérant l’ensemble des composantes du public sans abri. Nous pensons à ce titre qu’aucune solution globale ne pourra être trouvée au sans-abrisme sans des solutions pour les sans-papiers et les irréguliers qui constituent une partie très importante des personnes hébergées dans nos centres d’accueil.  

Par ailleurs, il n’est pas rare que certaines personnes suivies par nos services voient leur statut administratif évoluer au fil du temps. Un exemple parmi d’autres : Essi est demandeur d’asile, il est d’abord accueilli dans l’un de nos centres pour demandeur·euse·s d’asile ouvert sous mandat Fedasil (financement fédéral). Mais il est finalement débouté, perd son droit à l’hébergement Fedasil et reçoit un Ordre de Quitter le Territoire qu’il ne suivra pas. Il n’a droit à aucune aide sociale exceptée l’Aide Médicale Urgente. Il devient “sans-papiers”, sans ressources et sans abri. Il peut, quand les capacités disponibles le permettent, être hébergé certains soirs dans l’un de nos centres d’accueil (financement régional). Par ailleurs, son statut le condamne à vivre dans l’impossibilité pratique de trouver des solutions légales et durables de sortie de rue.

Dans ce contexte, nous observons que des synergies doivent être renforcées entre les politiques et les programmes d’aide aux personnes sans abri et les programmes et actions destinées aux personnes sans papiers, aux migrant·e·s et aux demandeur·euse·s d’asile. Aujourd’hui les programmes d’accueil des personnes sans abri, de demandeur·euse·s d’asile et de migrant·e·s en transit sont gérés par trois Ministres différents. Ce qui ne facilite pas la cohérence globale.

 

Un modèle de l'accueil résidentiel permettant un hébergement et un accompagnement différenciés selon les publics

Les conditions particulières de 2020, la pandémie de Covid-19 et les mesures gouvernementales mises en place pour l’endiguer ont eu pour conséquence de voir aboutir une série de mesures que prônait déjà le Samusocial en 2019, notamment : 

  •  un accueil 24/24H systématique dans tous les dispositifs d’hébergement d’urgence ;
  • des infrastructures adaptées à l’hébergement et permettant un accueil différencié des publics ;

Nous sommes parvenus tant bien que mal à maintenir ce nouveau mode d’accueil en 2021 malgré les réductions de capacités d’hébergement que nous avons dû réaliser suite à la fin de certains financements. L’objectif et le défi pour 2022 sont de préserver ces acquis en termes de qualité d’accueil, dans un contexte budgétaire tendu.  

Chaque public devrait idéalement être accueilli dans un centre adapté aux particularités de sa situation. C’est un objectif vers lequel nous tendons avec les moyens dont nous disposons, en développant une offre de centres spécialisés proposant un accueil différencié des publics : la Médihalte pour les personnes malades et/ou en revalidation, les centres pour familles,  le centre pour femmes isolées, …

Certes, les structures plus spécifiques ont une taille plus réduite et coûtent souvent plus chers que les centres d’urgence. Mais elles permettent d’augmenter l’efficacité des accompagnements et la recherche de solutions de sorties de rue. Les chiffres sont sans appel : en 2021, ce sont 1.647 orientations de sortie de rue qui ont pu être réalisées par nos équipes. Un résultat historique qui confère tout son sens à notre action. 

Une approche spécifique pour les femmes et les familles, en dehors de toute logique saisonnière.

Les publics des familles et des femmes seules présentent chacun des particularités qu’il faut pouvoir appréhender de façon spécifique à l’aide d’une offre de services adaptée. On n’accueille et n’accompagne pas une famille avec enfant(s) de la même façon que des personnes isolées qui présentent parfois un passé d’errance et de vie en rue chargés.
De la même façon, les femmes seules arrivent souvent dans nos centres porteuses d’une histoire chargée de violences et doivent pouvoir être accueillies dans un cadre sécurisant exclusivement réservé au sexe féminin, à la fois pour qu’elles puissent se retrouver en tant que femmes et qu’elles puissent se projeter au-delà de la survie dans l’instant, pour se consacrer sereinement aux démarches qui leur permettront d’envisager une sortie de rue. 

Ces dispositifs spécifiques doivent être structurels et dépasser la logique saisonnière qui offre davantage de moyens durant la saison hivernale ou durant les crises comme celle du Covid-19. Ces publics nécessitent un nombre stable de places toute l’année.

 

Le renforcement nécessaire des équipes mobiles d'aide

L’action d’’Aller vers‘ des équipes de maraude constitue le cœur de mission du Samusocial : se porter à la rencontre des plus vulnérables et des personnes qui n’appellent parfois plus à l’aide.
Nous souhaitons pouvoir renforcer cette action mobile essentielle, particulièrement la nuit, durant laquelle les besoins sont les plus grands. Les autres services ne sont plus actifs en dehors des heures de bureau et la tombée du jour renforce encore la détresse des personnes sans solution d’hébergement. 

En 2021, nous avons poursuivi l’activité de l’Outreach Support Team (OST), une équipe mobile constituée en consortium avec Médecins du Monde et Médecins Sans Frontières, qui assure une veille humanitaire et médicale, notamment auprès des personnes vivant en squats. Cette équipe était toujours en activité à la fin 2021, son avenir sera déterminé courant 2022.

L’équipe mobile Gare du Nord, dont l’action se concentrait principalement sur l’aide aux migrant·e·s et aux personnes présentes dans le quartier Nord, a été intégrée au dispositif mobile préexistant du Samusocial. 

Par ailleurs, nos équipes mobiles restent le baromètre de l’évolution du sans-abrisme à Bruxelles, le premier niveau d’alerte sur des situations humanitaires nécessitant une intervention d’urgence. Leur action nous permet de suivre l’évolution des mouvements des personnes sans hébergement et l’évolution des squats.

 

Des réponses à la question des « sans-droits »

Nous le rappelons encore, pour résoudre le sans-abrisme, il faut aussi résoudre la question des sans-papiers (extra-européens) et des irrégulier·ière·s (européen·ne·s au statut touriste expiré et sans adresse sur le territoire). Ces “sans-droits” constituent plus de deux-tiers des personnes hébergées par le Samusocial chaque année et ne peuvent prétendre à aucune autre aide que l’Aide Médicale Urgente. À défaut de pouvoir être orientées vers des solutions d’insertion, ces personnes en souffrance doivent pouvoir être aidées, comme n’importe quel individu en détresse sociale. 
Il serait par ailleurs intéressant de rechercher des solutions structurelles de logement alternatives aux centres d’urgence pour les sans-papiers sur le territoire bruxellois.

 

Développer notre action en synergie avec les autres acteurs de terrain

Le Samusocial développe son action dans le cadre plus large de l’action des autres acteurs en Région bruxelloise. Nous les considérons comme des partenaires animés par l’accomplissement d’une mission commune : l’aide aux personnes sans abri ou en demande de protection internationale. Plus que jamais, la diversité des publics aidés et de leurs besoins implique de travailler en synergie avec ces partenaires. 

Ces collaborations se font bien entendu autour des complémentarités de chaque acteur. Mais depuis quelques années, l’arrivée de nouveaux acteurs importants (Médecins Sans Frontières, Croix-Rouge, Plateforme citoyenne) dans le secteur participe au partage de la “charge”, notamment la charge de l’hébergement d’urgence gratuit. Cette dilution de la charge entre acteurs soulage non seulement sa mise en oeuvre mais la stimule également. En outre, elle enrichit et renforce nos fonctions d’observation, de témoignage et d’alerte qui se développent désormais davantage sur un mode collectif, en renforçant ainsi leur impact. Unir nos expertises pour renforcer l’efficacité et l’impact de nos actions mais également unir nos voix pour augmenter notre pouvoir de mobilisation. 

À cette fin, le développement d’outils de collecte et d’analyse de données reste un enjeu on ne peut plus actuel – notamment sur la question migratoire – afin de connaître le plus précisément possible le public qui a besoin d’aide et définir les réponses opérationnelles qui seront déployées en conséquence.

 

 

La difficulté de trouver des pistes d’orientation pour de nombreuses personnes 

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, sur 6.112 personnes accueillies en 2021, 1.647 ont été orientées vers des solutions de sortie de rue ou vers des alternatives à l’hébergement offert dans nos centres d’urgence. Lorsque l’on connaît la complexité des situations rencontrées par nos équipes sur le terrain, ces chiffres témoignent de l’utilité d’organiser l’accompagnement de ces personnes directement depuis nos centres d’urgence. Mais il reste 4.465 personnes accueillies qui n’ont pu être orientées vers d’autres solutions d’hébergement… Ce chiffre illustre une réalité de notre travail quotidien, la difficulté de trouver des portes de sortie post-urgence pour trois grands types de publics :

  • les personnes en situation irrégulière sédentarisées en Belgique et pour lesquelles il n’existe aucune solution légale de sortie de rue : personnes sans papiers, migrants en transit, familles européennes sans adresse souhaitant rester en Belgique. Les seules portes de sortie qui s’offrent à ce public restent clandestines et donc précaires : réseaux communautaires, squats, errance vers d’autres villes…
  • les personnes présentant un cumul de problématiques médico-psycho-sociales compromettant leur orientation vers d’autres programmes d’hébergement ou de relogement pratiquant des critères d’admission plus restrictifs.
    Exemples de profils qui restent bloqués dans nos structures d’urgence faute de perspectives d’orientation : les femmes toxicomanes ou présentant des problèmes « psy » avec enfants en bas âge ; les personnes présentant des troubles psychiatriques refusant une hospitalisation ; les personnes malades (diabète, handicap,…) mais ne nécessitant pas d’hospitalisation ou de revalidation ; les personnes âgées refusant les soins ;
  • les familles nombreuses comptant plus de trois enfants ainsi que les familles avec garçons adolescents qui sont plus rarement admis dans les structures d’accueil de deuxième ligne de type maisons d’accueil.